Bernard Cauquil, le maestro prépare son retour !

Grand champion en 2015, contraint à l’abandon dans les steppes Kazakhes en 2018, Bernard Cauquil ne l’avait jamais caché : « je reviendrai ! ». Présent dans de nombreux médias avec le tandem utilisé sur le Sun Trip 2018 avec son fils Yann, il est resté bien discret sur sa préparation 2020.

Lui qui imagine et fabrique de ses mains chacun des vélos utilisés sur le Sun Trip, il a préféré se calfeutrer dans son atelier pour mieux préparer sa revanche !

A un peu plus de 5 mois du grand départ il a accepté de se dévoiler, d’afficher ses ambitions et de nous parler de nouveau vélo solaire en construction. Rien ne semble laissé au hasard et nul doute que Bernard sera une fusée de cette 2ème édition du Lyon-Canton !


Bernard, peux-tu nous dire ce qu’est devenu le tandem solaire utilisé en 2018 ?

Au retour du ST 2018, une bonne révision a été nécessaire pour lui redonner toute sa jeunesse. Très sollicité en 2019 par les chaînes de télé pour plusieurs tournages, certains reportages ont été diffusés notamment lors du dernier Tour de France, le plus intéressant reste à venir avec la programmation début 2020 de l’émission « Faut pas Rêver » sur les Pyrénées. Au guidon de TwinDragonFly la présentatrice, Carolina De Salvo, nous fera découvrir les paysages de Cerdagne et ses installations solaires. Assurément à ne pas manquer pour tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à l’utilisation de l’énergie solaire comme alternative pour préserver le climat de notre planète.


Au final cette expérience 2018 reste pour toi un bon souvenir, avec cette participation avec ton fils, ou ça reste synonyme d’échec dans ta tête ?

Au risque de surprendre : le Sun Trip 2018 fut aussi une victoire ! Il restera une inoubliable aventure entre Yann et moi. Avec le recul du temps, certainement le moment le plus fort de ma vie juste après les naissances de mes 2 garçons.  Cette page de notre histoire familiale écrite à 2 en déroulant le bitume sur les routes du Sun Trip 2018. Une parenthèse de plus d’un mois au rythme de l’humain, pour nous retrouver, loin des sollicitations du monde dans lequel nous ne prenons plus le temps. Une citation de la chanteuse Juliette que j’aime beaucoup  « La vie est trop courte pour aller vite ».


Quelles sont les principaux enseignements du ST2018 que tu appliques et appliqueras en 2020 ?

Plutôt que de  faire une liste à la Prévert, je n’en soulignerai qu’un : Nous avons passé trop de temps dans des opérations de communication, notre tandem a été opérationnel au dernier moment. Impossible de procéder à des essais sévères comme j’avais pu le faire en 2015. Ce sont ces tests qui nous ont fait défaut et nous ont empêchés de rallier Canton. Je n’ai pas renouvelé la même erreur pour le projet 2020.  Je préfère passer mon temps à l’atelier et à faire des essais. Du coup, je communique beaucoup moins.


Peux-tu nous présenter ce nouveau vélo ?

Il s’agit d’une toute nouvelle machine qui conserve les solutions techniques largement éprouvées par le passé mais profondément modifiée pour corriger les défauts qui nous ont contraint à l’abandon lors de la dernière édition. Quelques-unes des nouveautés implémentées sur TiltDragonfly:

  • Châssis inclinable à 3 roues pour supprimer les contraintes radiales responsables de la défaillance du moyeu arrière sur les routes du Kazakhstan en 2018 et pour compenser la géométrie des routes, légèrement inclinées vers la droite pour évacuer l’eau.
  • Transmission hybride sans chaîne, 100% électrique.
  • Générateur à pédale (réduction du nombre de pièces en mouvement et gain physiologique pour le pilote par une meilleure gestion de l’effort physique).
  • Récupération d’énergie variable asservie à la charge.
Images de synthèse du nouveau vélo de Bernard

Bien sûr je conserve ce qui a fait le succès des anciennes machines solaires.

  • Orientation automatique des panneaux solaire.
  • Régime constant du moteur à son point de rendement optimumPeut-être une ou deux surprises supplémentaires d’ici au départ liées aux résultats des essais en cours depuis plus d’un mois maintenant.
Test de souplesse !

Aucun trois roues n’a jamais gagné le Sun Trip, pas d’inquiétude ?

Justement, un joli challenge en perspective ;-). Je te rappelle que Jorge Moïta en 2013 a terminé sur les talons de Raf au guidon d’un trike sans suspension et avec très peu de surface de panneaux.  Un pari peut être pas si fou que ça, qui plus est avec un paradigme de transmission inédit.


Tu as fait partie de militants pour ouvrir le règlement technique à cette technologie « chainless », pourquoi ? Comment ça marche ?

Je prends autant plaisir à essayer d’innover en matière de vélo hybride solaire qu’à rouler avec. Après la fabrication du Tandem, j’avais le sentiment d’avoir fait le tour des possibles avec une transmission mécanique conventionnelle. Cette solution induit des contraintes qui à mes yeux limitent trop le champ des possibles en matière de conception. Je me suis aperçu au travers de la veille technologique que dans plusieurs pays quelques startups et une poignée de chercheurs dont Edgar Tournon qui sera au départ du Sun Trip 2020 travaillaient sur ce même concept. Il ne m’en fallait pas davantage pour me lancer.

3 semaines plus tard notre tandem « TwinDragonFly » était transformé et équipé avec cette technologie et j’ai pris la route. En configuration Sun trip, avec Yann nous avons parcouru un bon petit millier de km en région Occitanie en arrivant à faire des étapes de 200 km. Nous avons même grimpé le col du Prat d’Albi sous une météo apocalyptique.         La démonstration était faite que le principe de la transmission hybride série fonctionne et permet de parcourir des distances compatible avec The Sun Trip. Les mesures démontrent pour l’instant une perte globale de rendement entre 10 et 15 %. Les fruits de notre collaboration avec Edgar Tournon pour perfectionner ce système nous laisse entrevoir qu’au moment du départ nous aurons réussi à gommer une bonne partie de cet écart. Mon optimisme me conduit à espérer que la différence restante pourrait être compensée par le gain physiologique du pilote lié à une meilleure gestion de l’effort.


Si le système chainless se généralise, peut-on imaginer que certains pédalent sur place la nuit pour recharger

Pour jouer la gagne sur The Sun Trip, il faut pédaler entre 12 et 14h par jour, je sais de quoi je parle. Tenir ce rythme sur 13000 km nécessite de rester hyper vigilant sur la récupération quotidienne. Ceci dit, si certains veulent s’essayer à pédaler la nuit, pourquoi pas.

Je précise malgré tout que principe technologique du procédé de transmission hybride série repose sur l’immuable principe de Lavoisier « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Contrairement au fonctionnement en situation de roulage où l’énergie produite est directement consommée par le moteur. Lors d’une recharge stationnaire (sans rouler), la prise en compte de 2 conversions supplémentaires fait chuter le rendement (40 % de l’énergie musculaire est alors gaspillée dans les pertes liées aux nombreuses conversions). Je suis en train de préparer un article qui expliquera très bien ce phénomène.


En 2018 tu as vu les difficultés, de certaines routes russes, des steppes Kazakhes. Penses-tu que c’est une zone décisive du parcours ? Comment préparer son vélo pour cette partie ?

Les routes Kazakhes ne poseront plus de difficulté, le passage critique jusque-là entre la frontière Russe et Oural sera asphalté. Au début de l’aventure, certaines portions du tracé depuis l’Europe de l’Est jusqu’à la fin de la traversée de la Russie ne sont pas évidentes notamment pour les trikes. Il faudra savoir rester patient et rouler lentement pour attendre que « ça passe » (sinon ça cassera). L’alternative consiste à équiper nos engins solaires de roues de grands diamètres et d’ajouter de bonnes suspensions qui seront également très utiles du côté des hauts plateaux Tibétains.


En 2018 tu avais suivi à distance la partie chinoise. Elle te fait peur ?

Si l’organisation n’avait pas modifié le tracé de la partie Chinoise mettant en place le checkpoint à 4700 m sur les hauts plateaux je n’aurais pas pris le départ. Le récit des participants 2018 sur la traversée de la Chine ne me donnait pas envie. Les autoroutes, le bruit, la densité de la circulation sur des milliers de kilomètres, ce n’est pas vraiment excitant.


Au-delà des paysages, penses-tu que ce checkpoint 2020 change la donne en terme de stratégie de route ? 

Ce passage obligé sur les hauts plateaux changera profondément la donne pour ceux qui veulent jouer la gagne sur le challenge solaire. Entre le tracé 2018 quasiment tout plat et le parcours 2020 particulièrement escarpé, il vaut mieux ne pas se tromper sur les choix technologiques.

Je suis heureux de retrouver sur ce tracé 2020 un profil qui ressemble beaucoup à celui du 2015 avec plus de 100000 m de dénivelé positif. La rudesse du climat à ces altitudes nous obligera à emporter davantage de bagages et d’autres types de vêtements plus techniques qui alourdiront forcément nos machines.

J’imagine assez bien 2 stratégies de course, la première assez simple jusqu’à Almaty : tirer au plus court sans avoir à trop se poser de question. La seconde plus stratégique ou le choix du routage sera capital : davantage de paramètres à intégrer simultanément, sur un parcours de ce type, la trace la plus courte étant rarement le choix le plus judicieux.


Tu confirmes vouloir reprendre ton titre en 2020 ? Comment vois-tu la “concurrence” ?

En 2020 je prends le départ au guidon d’un engin expérimental. Mon objectif principal sera de rallier Canton pour démontrer que les solutions techniques inédites que j’ai choisies d’utiliser sur « TiltDragonFly » fonctionnent. Le parcours proposé pour The Sun Trip 2020 constituera un fabuleux laboratoire grandeur nature.

Certes j’avance en âge mais j’ai toujours la fibre compétitrice, à plus de 60 ans, on ne se refait pas ! Ce serait mentir un peu que de dire que je pars uniquement avec l’idée de « voyager ». Je ne mets pas la pression, j’ai la chance d’avoir déjà gagné une édition.

Les inscrits 2020 sont nombreux avec un lot d’aventuriers aguerris aux périples aux longs cours. Chez les anciens Raf, Jack et Auguste me paraissent au-dessus du lot pour le challenge solaire, je connais mal les nouveaux mais la jeunesse et l’enthousiasme de plusieurs constituent de sacrés atouts. Il faudra aussi garder un œil sur les concurrents au guidon de Vélo mobile malgré l’inconnu lié à leur fiabilité sur un parcours aussi long et exigeant.


Un conseil pour les novices du Sun Trip qui rêvent de se caler dans ta roue ?

La citation de La Fontaine : « Rien ne sert de courir, il faut partir à point ».


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12 Commentaires for “Bernard Cauquil, le maestro prépare son retour !”

BERMEJO Paul

dit :

Salut Bernard, je salue, en toi, cet esprit sportif et inovateur que tu nous propose à chaque Sun Trip. Je suis sûr que, cette année encore, ton nouvel engin solaire ira titiller les premières places de la tête de l’aventure. Tu as réduit, au mieux, la plus grande partie des contraintes mécaniques et innové dans la transmission électronique. Je te suivrai, loin derrière toi, sur cette route de la soie que J’apréhende, moi aussi. A très bientôt Bernard, fin janvier, à Lyon. Bise mon ami.

Laprade pierre

dit :

Bonjour Bernard quand l’homme et la machine se lie dans ce genre d’aventure à ce stade, gare à ceux qui se mettraient au travers de ta route sur les steppes kazaques et les hauts plateaux chinois. Avec ce vélo lunaire tu risques de faire des envieux.

Cabrol Maurice

dit :

Je ne comprends strictement rien à la technique mais je reste “espante” par ton défi Bernard, le Vélo Club de la Vallée du Thore est bien loin mais l’amitié reste immuable. Bon vent solaire. Maurice

dit :

Salut Maurice, ému de te lire ici. Tous mes vœux à l’aube de cette nouvelle année. Comme tu l’écris, cette passion a commencé au Vélo Club de la Vallée du Thoré dans les années 70 et perdure encore aujourd’hui tout comme les amitiés.
Regarde le magazine “Faut Pas Rêver : Par amour des Pyrénées” le mercredi 15 janvier à 21h05 sur France 3. Tu me retrouveras en compagnie de Carolina de Salvo à parcourir la Cerdagne au guidon de notre Tandem Solaire.
Amitiés, Bernard

dit :

Merci pour ce très beau portrait de Bernard « Tilt ».
Bernard prend autant de plaisir à concevoir/fabriquer ses vélos qu’à les faire rouler… mais il prend aussi beaucoup de plaisir à renseigner, transmettre, partager et dépanner.
Quant à « calfeutré dans son atelier », c’est une inexactitude mais ce qui se passe à Pau reste à Pau 🙂
De tout cœur avec toi Bernard pour vivre pleinement cette aventure, tu as tout ce qu’il faut pour aller au bout.
Bon soleil et bon vent.
PerriNate

Gilles RABIER et Isabel CANOVAS

dit :

Salut Bernard. Tu es la 2ème connaissance k je retrouve …à la télé ! Le 1er était producteur de Salers dans le Cantal et passait à “C’est pas sorcier “. Toi tu pédales pour “Faut pas rêver” ! Félicitations pour tes recherches et ton succés ! Ça fait plaisir de te voir et de voir aussi ton fils Yann qu’on avait vu haut comme 3 pommes ! On se souvient aussi de “un poco de todo ” quand vous aviez commandé des tapas à Jaca…Évidemment on va suivre dorénavant tes exploits dans le sun trip et tu peux nous compter dans tes supporters !
Gilles et Isabel les pontacquais du haut .

dit :

intéressant. Je n’ai pas encore électrifié mon trike, mais ça viendra. Je n’aurais pas envisagé une motorisation directe sans chaîne, redoutant d’être clouée sur place si la motorisation devenait défaillante. Fallait oser… Sun Trip 2020 nous confirmera si c’est une bonne solution. Les retours d’expérience du Sun Trip, surtout quand ils viennent d’un participant qui a mis au point son équipement avec tant de soin, sont une précieuse mine d’informations, merci !

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