Ca passe et ça casse

Si vous regardez une carte, le chemin semble simple d’aller d’Atyrau à Aktobé, il suffit de suivre une ligne droite de 600 km, mais dans ce cas pourquoi le 2/3 des participants ont préféré faire les deux côtés du triangle et s’infliger 300 km de détour ? La réponse est simple : la route entre Atyrau et Aktobé est pour le vélo de route ce que la piste noire est au ski. Je devrais même dire au hors-piste car nous avons bien souvent dû rouler sur les bas côtés.

Pour rappel, les participants qui sont passés avant nous par cette route sont :
– Raf, le robot comme on l’appelle avec Emilie, il a flotté au dessus de la steppe et semble s’en être sorti sans trop de soucis.
– Les Tchèques qui après 180 km ont du faire demi-tour car leur 5 roues avaient du mal à slalomer entre les trous.
–  Stéphanes² qui ont cassé un moteur au milieu de rien.
–  Cédric, l’homme qui a tellement tué de chambre à air qu’il nous avait chargé d’en prendre en plus pour lui au cas où.

Dans ces conditions, nos proches étaient plutôt motivés pour que l’on fasse le détour et que l’on prenne la route la plus sûre. Ils savaient aussi que nous écoutons volontiers les conseils mais que lorsque nous avons une idée en tête il est difficile de nous la retirer. Enfin à quelques heures de notre départ vers les steppes, c’est ma maman qui m’a envoyé le meilleur texto disant globalement qu’en tant que maman elle préfèrerait largement l’autre route, mais qu’à notre place elle aurait fait le même choix et qu’il fallait que l’on profite au maximum de notre aventure.

Dans ces conditions, nous avons tout de même décidé d’être prudents et de faire tout ce que nous avions à faire pour les vélos avant de partir. Un tour au magasin de sport du coin pour doubler notre stock de chambres à air et surtout un tour chez le soudeur pour renforcer un peu nos remorques.Atyrau J3 009

Avant de partir de l’hôtel, j’avais appelé notre mécano en France qui m’avait conseillé de faire une « attelle » pour renforcer les deux points faibles de la remorque plutôt que de faire resouder. Dans les faits, ici ils n’ont pas de Castorama mais des sortes de grand halls avec plein de petites échoppes qui se partagent les types de produits à vendre, ainsi vous trouvez des structures d’étagères au rez de chaussé mais il faut monter au 3ème étage pour trouver les vis qui vont bien. Autant dire que lorsque l’on ne parle pas la langue expliquer ce que l’on cherche toute les 2 min est un peu fastidieux. Heureusement que je suis tombé sur un vendeur qui parlait anglais. Après avoir vu nos vélos et consulté la vingtaine de bonhommes interloqués par nos machines, ils semblaient tous d’accord pour dire qu’il faut vraiment aller chez le soudeur pour pouvoir passer les steppes. Mécano contre locaux-bricolo nous choisissons notre camp et nous allons chez le soudeur.

Là bas on s’amuse bien à démonter un peu les remorques pendant une trentaine de minutes. Souder l’aluminium fait quelque peu monter la température et il faut être certain qu’il n’y ait pas de câbles ou autres à proximité sans quoi leur durée de vie serait bien réduite. Encore un endroit où l’on ne s’adresse qu’à moi, car Emilie étant une femme elle ne doit rien y connaître. Nous profitons du fait qu’ils ne comprennent pas la langue pour échanger au sujet des réparations car mes compétences de soudure à l’aluminium ne sont pas bien plus développées que celle d’Emilie quoi qu’en pensent les machos du coin. Après avoir posé des renforts sur les deux remorques il est temps de partir mettre tout ça à l’épreuve.

La sortie de la ville se fait dans une ambiance « Noé le retour ». Les gardes boues n’arrivent pas à retenir assez l’eau lorsque nous passons dans des flaques de 10Boue n°1 007 cm de haut, les camions et voitures nous projettent de la flotte à longueur de temps, bref la mécanique bien huilée prend sa dose de sable et d’eau, respectivement ennemis n°1 et n°2 des pièces mécaniques. Au petit matin nous huilons le minimum nécessaire car il y a toujours de l’eau sur la route, il est donc inutile de vouloir faire trop bien.

Les kilomètres passent, les vibrations entretiennent les fessiers (à ce sujet la steppe c’est probablement plus efficace que le step) et testent la mécanique. Après plusieurs kilomètres à me péter les poignets, je dis à Emilie que je vais tester la piste à côté de la route. Ca avance bien, mais le risque de pluie et la fatigue nous font nous arrêter après quelques centaines de mètres. Quelle erreur ! Le lendemain matin la piste sableuse se transforme en piste boueuse et nous mettons 1h à faire les 50 m séparant notre bivouac de la route. Il pleut, les vélos sont dans un état de dégeulassitude incroyable. Mes roues ne tournent plus car la boue compactée entre le pneu et le garde-boue empêche quoi que ce soit de bouger. La chaine est lubrifiée à la terre. La roue libre de nos pédaliers cesse de fonctionner. Le pignon moteur patauge dans la gadoue et pourtant nous devons avancer.

Le lendemain après un décrassage avancé du vélo nous reprenons la route et à partir de là nos vélos vont montrer quelques signes de fatigue :

–  Une vis de renfort du vélo d’Emilie casse, heureusement nous en avions 2-3 en rab,
–    On découvre que pneu Schwalbe du vélo d’Emilie commence à se déchirer, pendant que les Michelin nemac gyver montrent toujours aucun signe de défaillance,
– L’axe de la roue arrière de mon vélo se dessert, il faut quelques tours de clef pour tout remettre en place.
– Les soudures s’ouvrent lentement, chaque mini-vibration venant aggraver la situation
Ce n’est qu’une fois sortis des pistes que la casse la plus ennuyeuse se produit. A 70 km d’Aktobé l’attache de ma remorque casse. Comme je le disais dans mon précédent article nous avons décidé de prendre ça avec philosophie. J’ai repassé dans ma tête tous les épisodes de Mac Gyver et de l’Agence tous risques et la situation m’a semblé claire :

1/ démonter le garde boue de la remorque et prendre la tige de fer qui le retient,
2/ mettre cette tige à la place de la vis cassée,
3/ utiliser du scotch américain pour substituer les boulons,
4/ utiliser de la corde Nylon afin de faire office de rondelle.

Temps de réparation : 40 minSteppes - v2  125

Il fallait encore faire 70 km avec ce système et une remorque qui penchait du coup vers l’extérieur de la route. Le Dieu de la bricole nous a récompensé en nous laissant arriver sans trop d’incident, juste un élastique sectionné du fait de la position de la remorque. Arrivé à Aktobé, le soudeur chez qui nous sommes allé faire réparer les soudures défaillantes a également pu me trouver une nouvelle vis adaptée à ma remorque. En moins de 6 heures nous sommes passés d’une casse assez pénible à un vélo en état de reprendre la route dans la minute.

Plus que 1500 km, la route devrait être plus clémente, espèrons que ça passe sans soucis.

Guillaume

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