Corinne : étape 21

Lundi 9 Juillet 2018 : https://petitprinceandcocycletour.blog/2018/07/10/etape-n-21/ 

Bilan vélo : 172 km

Ce matin, je me suis levée à 5h comme tous les jours, pour pouvoir vous écrire cette nouvelle lettre. Je me sens très en forme. J’ai juste un genou bronzé et un genou enflé violet. Je ressens une gêne quand je marche qui me fait boiter, mais le fait d’avoir fait 80 km hier après ma chute me met en confiance. Par contre, heureusement qu’il n’y a pas de col de montagne car là je ne suis pas sûr que le genou tiendrait. Mais là, la route est sans aucun dénivelé, alors tout va bien.

Je quitte donc la cité olympique a 7h du matin et je suis frappée. Je vois une dizaine de petites filles de 10 ans environ avec un sac de sport, visiblement des gymnastes qui partent à l’entraînement. La veille, la personne qui m’a accueillie, m’a expliquée que la cité étaient réutilisée pour les athlètes ukrainiens de haut niveau. Cela me fait quelque chose voir ces petites filles allaient si tôt à l’entraînement. J’espère qu’on ne les dope pas


J’ai regardé la carte faite par Honza et évidemment, je ne suis pas sur la bonne route. Il me faut maintenant retourner en ville pour trouver la bonne route. Et je n’ai pu mon bon ange gardien Dimitri pour se mettre derrière moi avec sa moto en warming pour me protéger. Et la route est une 8 voies. Je dois l’emprunter sur 8 km. Je ne suis pas fière et j’ai toujours peur dans ce genre de situation. Il faut tellement regarder partout à la fois. Mais Dimitri, hier m’a montré comment géré ce genre de situation et j’ai bien compris les consignes que j’applique rigoureusement. Et cela se passe aussi bien que possible dans ce genre de situation. Je mettrais 1h1/4 pour sortir de Kiev. Et les démarrages fréquents au feu rouge fatiguent et usent beaucoup de batteries car il faut dégager vite les carrefours.
Puis enfin une route acceptable où ce n’est plus l’enfer. Je roule dessus une heure puis le guidage vocal me fait prendre pendant 5 km une route très sympa. Elle est pleine de trous mais assez espacés pour que je roule à 16/17 km/h et surtout je ne verrais pas une voiture.

Mais soudain la route s’arrête et devient un chemin difficilement praticable. Je me dis que comme d’habitude, ce chemin va être de 500m à 1km. Donc pour me relaxer de ma sortie de Kiev, je descends et je pousse tranquillement Petit Prince, cela me relaxe et la forêt est sympa.

IMG_7616

Puis je sors de la forêt, pour trouver très vite une route 4 voies, la M01. Et là c’est partie pour 70 km de route importante. Je m’installe sur la voie d’urgence et je roule tranquille. Vers 13h, comme je suis à jeun, je suis un peu fatiguée, je décide de faire une pause et je m’arrête dans un petit restaurant qui fait des grillades. J’installe Petit Prince sur le parking à portée de vue. Tout les restaurant défilera pour faire des photos. Mais vous voyez le ciel tout couvert. En 1h30, je ne chargerais rien du tout et cela m’énerve car je sais que dans ces cas là, c’est les batteries qui limiteront le nombre de km possibles et non moi.

Je repars sur cette route M01, heureusement pas trop fréquenté. J’ai décidé d’occuper la voie de droite et au milieu pour obliger camions et voitures à me doubler correctement. En effet, je ne peux plus rouler sur la bande d’arrêt d’urgence car trop de trous et de corps étrangers de toute nature. J’ai déjà donné avec ma crevaison d’hier et toute ses conséquences.

Je roule tranquillement à un rythme régulier. Quand soudain le soleil émerge enfin des nuages. Il est 16h30. Je m’arrête immédiatement et je déploie le 3ème panneau solaire pour essayer d’avoir un peu de batterie ce soir. Je rechargerais un peu de batterie pendant 3/4 d’h, ce qui me permettra de finir quand je le voudrais. Sur la carte, j’ai repéré un village à 170 km et je compte m’arrêter là.

Je me remets donc à rouler régulièrement et la fatigue commence à se faire sentir et les genoux tirent. Il me faut être prudente et ne pas trop en faire. Le village attendu arrive et c’est la grosse déception : une station service, 3 maisons abandonnées et … un hôtel. Donc pas de soirée en famille mais au moins, un lieu où dormir.
Je gare le vélo et j’en descends. 2 hommes attablés à une terrasse me regardent. je leur fais un grand sourire et leur montre par un signe que je suis fatiguée. Tous les 2 lèvent le pouce en me rendant mon sourire. Je me dirige vers le comptoir qui sert aussi de bar. Une serveuse est là. Elle vaque à ses affaires, ne me regarde pas, ne me dis pas bonjour alors que je lui ai dit bonjour. Au bout de 5 mn, cette situation m’énerve. Cette femme qui fait comme si je n’existais pas est insupportable. Je m’adresse à elle en anglais et elle me répond d’un ton hargneux quelque chose qui veut sûrement dire qu’elle ne parle pas anglais. J’insiste vraiment car la muflerie, ce n’est pas mon style. Elle finit par appeler une autre serveuse qui sait 3 mots d’anglais. Je demande donc une chambre pour la nuit. Elles se concertent toutes les deux et discutent puis finissent par me dire qu’il n’y a pas de chambre. J’ai vraiment l’impression qu’elles se foutent de moi. J’insiste mais non, il n’y a pas de chambre. Je sors en colère, je suis dans la merde et je m’adresse à 2 camionneurs qui arrivent et je leur dit que je n’ai pas de chambre (le langage des gestes est le seul moyen de communication). Les 2 hommes qui m’ont saluée en arrivant regardent la scène. Puis l’un d’eux se lève et vient vers moi. Il me dit que si je vais avoir une chambre et il s’adresse à visiblement un homme d’entretien en lui demandant d’aller chercher un clé. J’attends un peu surprise et il m’explique en montrant tous les bâtiments que tout est à lui et que c’est le boss. A quoi tout cela tient : un salut et un sourire en arrivant. La clé est apportée et il traverse la cour pour aller dans un autre bâtiment. Et la il ouvre un beau studio de 2 pièces très bien équipé. Je n’en reviens pas. Il me dit d’aller manger tranquille et nous rentrons Petit Prince dans une cour fermée. Juste avant d’aller dîner, je lui dis que je serais très heureuse si je pouvais voir la demi-finale de football de l’équipe de France. Son homme d’entretien, visiblement lui explique que ce n’est pas possible. Je suis déçue mais au moins j’aurais essayé.
Je dîne servie par une des serveuses qui m’a accueillie ou plutôt qui ne m’a pas accueillie. Je pense que si elle pouvait balancer les plats sur la table, elle le ferait. Elle se sent visiblement désavouer, ce qui est le cas.
J’intégrais mon studio. C’est le plus beau logement depuis mon arrivée. Il y a un évier qui ferme et de la lessive aussi j’en profite pour laver tous mes vêtements et comme je n’avais pas prévu cela, je n’en ai pas de rechange. Je prends une serviette pour aller prendre ma douche quand on frappe à la porte. Je suis surprise, je n’ai plus un vêtement à me mettre, je viens de tout mettre à tremper dans l’évier. Il y a un œilleton, aussi je regarde et je vois que c’est le boss, son homme d’entretien et.. la serveuse. Je me demande ce qu’ils veulent. Je m’enveloppe de la serviette qui heureusement est longue et j’ouvre la porte. Tout ce petit monde rentre et je suis un peu sidérée. Le boss m’a trouvé un boîtier me permettant de regarder le match de foot et il est tout content. Moi aussi mais je suis gênée avec ma serviette autour de moi. Le boss s’assoit et tout le monde s’agite autour de lui. La serveuse qui devient formidablement aimable devant son boss (cette hypocrisie me sort par les yeux) pose un plateau avec un café, une assiette de fines tranches de lard, du pain et des petites courgettes en tranche et plein de fruits (pommes et abricots). Elle me demande si je veux une bière. Pendant ce temps l’homme d’entretien installe la box et je vois apparaître le match de football. Les 2 hommes sont installées à ma table et moi je vais chercher une deuxième serviette pour me couvrir un peu plus. La situation me dépasse, tout cela est plein de gentillesse mais moi, je n’ai plus de vêtement à me mettre !…
Au bout d’1/4h, à mon grand soulagement, tout ce petit monde part (le boss en partant me tape fort dans la main, visiblement tout content de m’avoir fait plaisir), mais la situation était vraiment comique. Je n’avais encore jamais vécu quelque chose comme cela. Une fois partis, je me mets à rire du ridicule de ma situation. En attendant, je vais voir le match et notre victoire, mettre tout ce qu’ils m’ont amené au frigo et qui me fera mon petit déjeuner demain et …laver mon linge.
Pour une fois je vais me coucher tard, mais le match me tiendra éveillé.

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3 Commentaires for “Corinne : étape 21”

Christine B.

dit :

🙂 …
On ne saura pas pourquoi la serveuse était si désagréable … 1000 raisons sont possibles…
Faut vraiment être capable d affronter toutes sortes de situation dans cette aventure…
Courage !

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