Corinne : Journal de bord du 05 juillet

Jeudi 5 juillet à Zatoka en Ukraine

Bilan vélo: À l’arrivée 47,4V sur 54V possibles.

153 km, moyenne 23 km/h, vitesse maxi 53,2Km/h, durée de pédalage 6h41, 2,9% de régération, 1469 Watts-heure soit 9,3 Wh/km

Charge par les panneaux voltaïques: 1874 Wh

Le matin, j’ai quitté ma petite maison particulière pour aller dans celle des voisins propriétaires de cette maison que j’avais occupée pendant la nuit. Un superbe petit déjeuner m’y attendait très complet avec aussi des légumes. Depuis le début de ce voyage, c’est le règne des sandwichs avec charcuterie, aussi je suis contente dès que je peux manger des légumes.

Pendant le petit déjeuner, le père et la mère sont allés travailler, laissant le fiston (environ 10 ans) seul à la maison (j’ignore s’ils rentrent  pour déjeuner ou si leur fils est seul toute la journée). Il était très mignon et attentif à ce que j’ai tout ce dont j’avais besoin. Une fois ce repas copieux terminé et des sandwichs préparés pour midi, je prépare mon vélo pour partir. J’installe l’iPhone et veut mettre le parcours mais celui-ci refuse de s’installer, j’ignore pourquoi et là un sentiment de grande angoisse m’envahit. L’idée de partir rouler dans un pays inconnu sans trajet m’est insupportable. Je reviens m’installer dans la cuisine (il y a du wifi), j’essaie de mettre ce trajet qui est enregistré mais en vain. Le fils, voyant que j’étais angoissée, appelle sa mère qui m’explique que le trajet est très simple car j’ai 100 Km à faire d’une même route, toujours la N94 que j’ai déjà suivi hier. J’ai beau savoir cela, la situation ne me va pas. Je finis par partir, non sans avoir demandé à Honza (AZUB) de me renvoyer le trajet. Je prends donc la route en suivant les consignes de la mère. Un quart d’heure après mon départ, un e mail arrive d’Honza avec le trajet renvoyé. Je l’installe immédiatement et tout rentre dans l’ordre. Je pouvais laisser « les données étrangers activées » sur l’iPhone sans frais d’itinérance mais à partir de l’Ukraine, c’est terminé sous peine de me retrouver avec une note démente de téléphone. Je me retrouverai donc dans la situation du Canada, où je n’ai utilisé que le Wifi et jamais mon forfait.

Quand je roule, je m’interroge sur cette crise d’angoisse due à l’absence de trajet à suivre et je l’analyse comme le fait d’avoir eu le sentiment de la perte de contrôle de mon voyage. Je vais tout faire pour que cela ne se reproduise pas.

Je suis donc cette N94 et je trouve vraiment qu’en Pologne, camions et voitures respectent les vélos et c’est très agréable car on n’est pas obligé d’avoir l’œil rivé au rétro. Tout se passe bien jusqu’à une bonne descente. Comme sur cette route, les descentes un peu fortes sont toujours suivies d’une bonne montée, on a tendance à ne pas freiner pour prendre de l’élan. Et là je ne m’aperçois pas que je dépasse le seuil de tolérance de l’attelage qui est d’environ 45 km/h et j’attends 53,2 km/h (ce que je lirai le soir sur le compteur m’indiquant la vitesse maximale atteinte). Tout d’un coup, le vélo pars en vrille, s’inclinant fortement à gauche, à droite occupant toute la voie. Je suis cramponnée, accrochée au guidon pour essayer de maîtriser l’ensemble, à un moment le vélo pars fortement à droite et je me dis que je vais faire une sortie de route, puis miraculeusement le vélo se rétablit et repart normalement. J’ai vraiment eu très peur. Inutile de vous dire que maintenant je contrôle la vitesse dans les descentes.

Je finis par atteindre la frontière d’abord polonaise puis ukrainienne. La frontière polonaise est passée sans encombre mais je sais que la frontière ukrainienne peut-être compliquée. Honza m’a prévenue; 3 situations possibles

  • refus de passage du vélo car frontière réservée aux voitures, bus et camions
  • Possibilité de demander à un camion de charger le vélo pour 500m, le temps de passer la frontière ou le monter dans un bus (vu la taille, la possibilité du bus est exclu d’entrée)
  • En cas de refus, faire 40 km de plus pour aller à une frontière piétons

J’arrive donc avec mon vélo et c’est vrai qu’il fait incongru au milieu de ces voitures et camions. J’arrive à la frontière et là le douanier me fait signe de façon très autoritaire de faire demi-jour. Je lui explique poliment qu’il n’en est pas question, que je veux passer la frontière. Visiblement, il ne parle pas anglais et me redit de faire demi tour. Je lui redit que non. Je gare mon vélo sur une bande de route non utilisée perpendiculaire à la file de voitures pour qu’il soit bien visible et j’attends. 3 fois, le douanier vient de me dire de partir et 3 fois je lui réponds poliment que je veux passer la frontière. Je sens bien que mon refus l’énerve prodigieusement mais je n’ai pas d’autre solution que de faire du »sitting ». Au bout de 20 mn, ayant compris que je ne bougerais pas, il pars visiblement consulté ses supérieurs. Il revient 5 mn après et d’un air rageur me fait signe de passer. Ouf car je ne savais pas comment tout cela allait finir. je m’installe donc entre les voitures et j’avance en poussant mon vélo. A la frontière même, les ennuis recommencent car ils me demandent les papiers de mon vélo. Et là, je ne sais pas quoi répondre, je n’ai pas pensé à cela.

J’explique que je n’ai pas de papier car mon vélo n’est pas immatriculé. Ils s’énervent et moi je réponds calmement qu’ils peuvent regarder mon vélo sous toutes les coutures s’ils veulent. Ils me prennent mon passeport et ne me le rendront que 20 mn après. Je pense qu’il faut me faire payer mon audace. Je finis enfin par passer, le tout aura duré une heure mais j’ai trouvé cela chaud, surtout au début, au moment du refus de me laisser passer.

Et je reprends la route. C’est un peu dur car tout cela m’a déconcentrée. Je regarde les maisons pour savoir leur style et si j’ai des chances de pouvoir être accueillie. La route suivant la frontière passe beaucoup au milieu de la forêt. En 50 km, je n’ai vu qu’un seul hôtel.

Arrivé à 150 km, je suis au milieu d’une forêt et là je m’aperçois que j’ai oublié le décalage horaire d’une heure. Il n’est pas 18h30 mais 19h30, ce qui est tard pour chercher une maison, de plus il n’y en a pas puisque je suis au milieu de la verdure. Je me demande comment je vais m’en sortir quand je vois indiqué à ma 500m un hôtel qui sera un motel. Evidemment je m’y arrête. 

Je pourrais dîner mais curieusement, il n’y a pas de petit déjeuner car le motel rouvre à 10h du matin. C’est la première fois que je vois cela

Par contre, il y a le Wifi, ce qui me permet de vous poster cette lettre.


RETOUR SUR LE MENU DES BLOGS
BACK TO THE BLOG MENU


J'aime, je partage! *** Sharing is Caring
Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on Google+
Google+
Share on LinkedIn
Linkedin
Share on VK
VK
Email this to someone
email

3 Commentaires for “Corinne : Journal de bord du 05 juillet”

Béatrice

dit :

Belle frayeur sur la descente mais heureusement tu t’en sors bien. Le douanier quant à lui ne savait pas à qui il avait affaire… il ne connaissait pas ta détermination. Je me serais démontée avant! Heureusement tu n’as pas fini au poste quand même! En Russie tu devrais demander à rencontrer Poutine.. tu arriverais sûrement à quelque chose 😀 ! Bonne route en Ukraine.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *