…et histoire d’œil

Tom et Cédric se sont pliés avec brio à l’exercice, Anick-Marie a déjà évoqué son handicap… je me dois de compléter la série. J’ai d’abord une pensée pour Jean-Marc, quelles séquelles qui pourraient bouleverser sa vie quotidienne ? Je lui en souhaite le moins possible et luiadresse mes vœux de prompt et complet rétablissement.

Plantons le décor : une malformation génétique des yeux, l’œil gauche ne voit rien (plus noir qu’un café turc) et l’œil droit a une acuité inférieure à un dixième. Le champ de vision de l’œil droit est assez large et uniforme, m’autorisant la pratique du vélo, et me permettant d’éviter les poteaux (ils sont rares ceux que j’embrasse). Bon réflexes mais au dernier moment : anticiper, anticiper, AN-TI-CI-PER !

Je vis avec depuis ma naissance, et partage cet handicap avec les deux tiers de ma famille. Je profite de la stabilité de mon handicap, pour combien de temps ? Je vis avec une épée de Damoclès : le décollement de rétine, une cataracte habituellement bénine deviendra délicate sur un œil malformé.

J’ai eu la chance d’apprendre l’autonomie et de suivre une scolarité dans des écoles « normales » moyennant quelques adaptations et implications des enseignants. Les écoles spécialisées ont leur utilité mais quand cela est possible, l’intégration est la meilleure solution.

Mais alors tu vois quoi ? Tu me vois là ?

Difficile à expliquer… le contraste, la luminosité ambiante peuvent tout changer ! Hier, impossible de distinguer le plat de feuilles de vignes farcies du plat de haricots, ils sont verts et le coin de la taverne est sombre. Mais je sais que la cuisine de Yiannis est excellent 🙂 Une fois dans l’assiette (blanche) aucun problème pour les différencier.

Et en vélo, tu fais comment ? Les feux tricolores…? C’est un peu la loterie, non ?

Il y a pleins de situations différentes.
– je vois le feu, tout est ok
– je vois un poteau qui pourrait bien être un feu, je ralentis et observe…
– je ne vois rien, je suis en mode « pilotage » dans un flux d’autos, je me fie aux autres conducteurs. Ralentissement, baisse du régime des moteurs, il y a quelque chose : feu rouge, stop, dos d’âne, rails…
– y’a pas d’auto, je ralzntis et avance à vue, m’arrêtant si piétons ou voitures me croisent.
– je n’y vois pas assez, je m’arrête, le temps d’y voir plus clair ou de retrouver un flux d’autos.
– je suis en Turquie et j’entends un Tut! Je laisse passer.
– je suis en Grèce, je passe sinon le scooter derrière moi trouvera un trou de souris entre mon vélo et le trottoir pour me doubler 🙂

Et les panneaux ?

Les panneaux de signalisation sont bien visibles, et pour la navigation,  le GPS, avec instructions vocales et carte lisible en cas de doute, m’est un outil indispensable sur une route inconnue.

image

Je m’aide beaucoup des marquages au sol, prendre la bonne voie, ne pas partir au fossé… Depuis la Turquie, ils me manquent cruellement, sans eux, la traversée d’Izmir a été un enfer !

Je tiens à souligner qu’en vélo couché, la position offre une vision confortable, juste un peu basse parfois, au niveau des glissières quand on veut voir les plages défiler…

La loterie, parfois…

Je perds

J’ai perdu en Italie, quand les conditions suivantes on été réunis :
– soleil de face
– signal de passage ferrovière non alertant (2 cloches à la volée, je cherchais du regard une chapelle…)
– un feu rouge, invisible à cause du soleil
– uns barrière qui se baisse, un peu trop haute dans mon horizon visuel bas (position sur le trike)
– suivre un suntripeur à 10m, qui avance comme si tout était normal. L’absence de celui-ci n’aurait pas changé la situation, mais son alerte vocale ou son comportement (s’arrêter) auraient changé la donne !
Une bande blanche STOP au sol, je freine, il est trop tard et BIM! une barrière qui vole, une structure de panneau qui se trod, la remorque qui encaisse le choc (une plaque fendue, rivets qui sautent)… et aucun train ne passe !

Je perds, quand à Sofia, mes bagages ont été secoués dans le taxi, et qu’au moment de descendre, je ne vois pas la housse noire de ma tablette sur le sol et le siège noirs… 🙁

Je gagne

Je gagne quand, en Turquie, je fais du pilotage dans 11km de descente vertigineuse sur une 2×2 voies à 45km/h.
Contrairement à l’habitude, je ne reste pas sur la bande large à droite, j’occupe toute une voie en bonne cohabitation avec les autos qui doivent négocier les virages. L’enrobé est excellent, le marquage tout neuf. La visibilité est bonne, juste quelques grands arbres…
En bas un policier m’arrête, m’ordonnant de rouler sur la bande de droite.
Comment lui expliquer qu’avec la vitesse c’est techniquement impossible de négocier les courbes sans cramer les freins ? Et comment lui expliquer que j’ai évité moultes piétons qui attendent le bus à l’ombre des arbres, un policier qui attend un cycliste délinquant, lui aussi caché dans l’ombre d’un arbre, et le motocycliste qui remontait cette bande à contre-sens ? À 45 km/h j’aurais fauché tout le monde… Lui expliquer que les autos, je les entends, je sais exactement leur position et anticipe le comportement des conducteurs, qui en plus en Turquie, klaxonnent tout le temps ce qui facilite encore plus le travail !

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