First hassles/ Les premières emmerdes

Day 17 – 12/07/2015 – 161 kms – Nova Gradiska à Lipovac
Total: 2075 kms

I leave Nova Gradiska at nine in the morning, taking advantage of the good internet connection and of the luxurious breakfast with fried eggs and bacon. I end up paying in Euros. In Croatia, it seems people prefer euros to Kunas. The boss waits for me at the gate to say goodbye, and I can feel he too dreams of adventure and would have left with me had he been able to. It’s not the first time I get this impression. He wishes me good luck on the road.

Je pars de Nova Gradiska vers 9 h seulement profitant de la connexion haut débit et du festin du matin. Je paie en euros. En fait, en Croatie, les gens préfèrent qu’on paie en euros j’ai l’impression, malgré le fait que la monnaie locale soit le Kuna. Le patron m’attend au portail, je sens qu’il veut que je l’emmène avec moi. Ce n’est pas la première fois que j’ai l’impression que quelqu’un veut que je l’emmène avec moi. Il me souhaite bonne route d’un air envieux.

DSC_9271

Generally, the more I go east, the more I can feel austerity growing. Croatians (from the east that is) are not as extraverted as Slovenians, and many of them look at me strangely without saying hi. There are fewer and fewer women in bars and cafés. You can find them a little further in the supermarkets.

Dans l’ensemble, plus j’avance vers l’est, plus je ressens une certaine austérité. Les croates (de l’est en tout cas) sont moins extravertis que les Slovènes, et beaucoup me dévisagent fixement sans me saluer. Il y a également de moins en moins de femmes dans les bars et les cafés. On les retrouve plutôt au supermarché quelques centaines de mètres plus loin.

DSC_9275

DSC_9276

It’s in one of these bars, after having bought a sandwich, in which I enter to drink a fresh ice tea. As soon as I enter, I can feel all eyes staring at me, but that’s what I was expecting anyway. In these situations, there’s a magic recipe: a little of I-don’t-give-a-f***, a lot of self-confidence, and the determined attitude of someone knowing what he wants, and at the same time, a biiiiiig natural smile, nor forced, nor cynical. Smiling is the best weapon against the bullying laughs that can be generated by misogyny, but also xenophobia, racism or homophobia. Then, they come talking to you, asking where you’re from, what you are doing, but essential why you are doing it. You end up spending an hour laughing. Tonight, Italy’s playing against Croatia, so they’re preparing a big pig (and thus skewing it) right in front of me. They invite me to watch the match with them. I thank them but decline the invitation: the road awaits.

C’est d’ailleurs dans un de ces bars, après avoir acheté un sandwich, que je me pose pour boire un Thé glacé. Dès que j’entre, je me sens relooker de la tête aux pieds, mais je ne m’attendais pas à moins. Pour ces situations, j’ai une recette magique : une pincée de je-m’en-foutisme, une bonne dose de confiance en soi, et l’air affirmé de quelqu’un qui sait ce qu’il veut, le tout, en arborant un grand sourire naturel, ni forcé, ni cynique. Le sourire est la meilleure arme contre les rires goguenards que peuvent engendrer la misogynie, mais aussi la xénophobie, le racisme ou l’homophobie. Puis, ils viennent vous parler, demander d’où vous venez, ce que vous faites et surtout pourquoi. Et on en vient même à passer une bonne heure à rigoler. Ce soir, c’est le match de foot Croatie vs. Italie, du coup, ils préparent (et embrochent du coup) un gros cochon devant moi. Ils m’invitent à voir le match avec eux. Je les remercie mais je leur réponds que j’ai de la route.

DSC_9287

Road ? Well not really… rather track ! To reach Lipovac, where I intend on spending the night, I first get very nice long roads that cut through the wheat fields, along the highway. After a few kilometres, the road becomes a track. There are no other roads leading to Lipovac but this one. Well, I tell myself, a perfect training for the Kazakh tracks, let’s validate Roger on tracks in poor conditions. And it’s supposed to be only 10 kms. Not that bad is it? Littered with potholes, rubble, wood, and pointy rocks, the track meanders into the woods. I am clutched to the handlebar, Roger is shaken in every direction but hangs on. However, he regularly loses tube’s bits used to maintain the solar panel on the structure. I replace them several times and even sacrifice one of the two replacement tubes I had in reserve, rather trusting the tubes solidity than the panels’.

Enfin de la route… de la piste plutôt ! Pour rejoindre Lipovac, où je souhaite me rendre, j’emprunte d’abord de longues routes bien goudronnées qui coupent à travers les champs, longeant l’autoroute. Au bout d’un moment, la route devient piste et il n’y a pas d’autre solution sinon que de revenir sur mes pas et me rajouter plus de 100 kms. De toute façon, il faudra bien valider Roger pour la piste kazakhe non ? Et puis ce n’est que 10 petits kilomètres d’après ce que je comprends. Allez c’est parti ! Jonchée de nid de poules, de gravas, de bûches, de cailloux pointus, la piste serpente jusque dans les bois. Je suis cramponnée au guidon, Roger est secoué dans tous les sens mais tient bon. En revanche, il perd régulièrement les morceaux de chambre à air qui maintiennent les panneaux fixes sur les structures. Je les remplace de nombreuses fois et dois même sacrifier une chambre à air des deux que j’avais prévu de secours pour le voyage, faisant plus confiance à la solidité de la chambre à air qu’à celle des panneaux.

DSC_9288

After 10 kms, very tired and covered in smashed moskitos, I realize the road along the highway does not exist and that I have to take another track through the forest, 15 kms this time. Off we go again. This time, being tired and all, Roger skids from time to time, catching the handlebar at the last minute… right… left… right… left… and straight. It’s motocross. But in return, I get to witness beautiful scenes that nature offers me: Bambi and his mother crossing the path a few meters away, looking at me calmly, and a few families of very (very) large black and white wading birds with bright red beaks and legs, taking off as I passed by.

Arrivée au bout des 10 kms, complétement lessivée et couverte de moustiques venus s’écraser sur moi avec la vitesse, je me rends compte qu’il n’y a plus de route qui longe l’autoroute et qu’il me faut emprunter une autre piste par la forêt, de plus de 15 kms. C’est reparti. Cette fois, avec la fatigue, je laisse Roger déraper complétement par moment, rattrapant le guidon de justesse… droite… gauche… droite… tout droit. C’est du motocross, ni plus ni moins. Heureusement, ce passage en forêt me permettra aussi d’être spectateur de belles scènes de la nature : Bambi et sa maman traversant la piste à quelques mètres de moi, m’observant, sans s’affoler, et plusieurs envols de familles de très (très) grands échassiers blancs et noirs, aux pattes et becs rouges vifs.

DSC_9289

I finally arrive at the end of the trail, happy to have done it. But there, another obstacle awaits. A large fence is blocking my way, and on each side, a deep ditch, full of nettles and tall and hostiles plants. I pray for it not to be closed. Well of course it is, and with a big locker. I can’t make Roger pass under the fence, mathematically, that’s not possible. Above, let’s not even think about it. No time to lose, I take Roger’s wings off. I throw Roger in the ditch. I carefully, well as much as possible, pass the solar panels above the fence. After several trying out, I manage to pull Roger out of the ditch on the other side. YES ! We can go !

J’arrive enfin en bout de piste, heureuse d’y être arrivée. Et là, devant mes yeux ébahis, une grosse barrière rouge me barre le chemin, et de chaque côté, un fossé profond, plein d’orties et de plantes hautes et hostiles. Je prie pour qu’elle ne soit pas fermée à clé. Et ben si, et avec un gros cadenas en prime. Je ne peux pas faire passer Roger dessous, mathématiquement, ca n’est pas possible. Dessus, ce n’est pas la peine d’y penser… Pas de temps à perdre, j’ôte ses ailes à Roger que je balance dans le fossé. Je fais soigneusement, enfin autant que possible, passer les panneaux par-dessus la barrière. M’y reprenant à plusieurs reprises, je parviens à faire sortir Roger du fossé de l’autre côté. A Y EST ! On peut repartir !

DSC_9291

Arriving in Lipovac, it’s 9 pm and I still don’t know where I am sleeping. I must look like a hermit and Roger like a bush, after our little commando adventures. There’s almost no one out at this time of day in this sad village. I ask a bunch of old ladies on the benches if they know where I can sleep. “You need to take the highway, there’s nothing here”. But I have a tent, in a garden maybe? “You can set your tent up here if you want” they answer indicating the side of the road. I’ve wasted sufficient time speaking to these nasty hags and come across a modern-looking young girl. She tells me she’s working tonight but that a woman is renting out cheap rooms in a café nearby. She presents me to Svetlana and her daughters who speak a little English. With that name it must be that “You speak Russian?” Of course, Svetlana is Russian. “Because I lived in Moldavia” Well, I didn’t understand the link, but whatever, if someone can explain.

Arrivée à Lipovac, il est 21 h et je ne sais toujours pas où je dors. Je dois ressembler à un ermite et Roger à un buisson, après nos petites aventures de commando. Il n’y a quasiment personne dehors dans ce village triste. Je demande aux vieilles femmes sur des bancs si elles savent où je peux dormir. « Il faut reprendre l’autoroute, il n’y a rien ici ». C’est une blague ? Mais j’ai une tente, un jardin peut-être ? « Tu n’as qu’à la planter là » me répondent-elles en désignant le bas-côté de la route. Bref, je ne m’attarde pas avec ces mégères désagréables et tombe un peu plus loin sur une jeune fille qui avait l’air assez moderne. Elle me dit qu’elle travaille, mais qu’une femme loue des chambres pas chères du tout dans son café à deux pas d’ici. Elle me présente à Svetlana et ses filles qui parlent un peu anglais. Avec un nom comme ça, « Vous parlez Russe ? » Evidemment, Svetlana est Russe. « Parce que j’ai vécu en Moldavie ». Alors là je n’ai pas compris le rapport, si quelqu’un veut bien m’expliquer.

Svetlana is a hard-looking woman, head of her family, you can feel she’s manages everything. She doesn’t smile a lot at the beginning, surprised by the unexpected guest, but relaxes after a few sentences spoken in her native language. And there comes the final bad news of the day: although we are currently under a kilometre away from the Serbian border, you can only cross by the highway, which is forbidden to me of course. Tomorrow, I will thus have to do a new detour of over 30 kms to cross the border someplace else. Well, at least the room, which is actually a whole flat, is very nice. I fall asleep very fast after this hard day; the first hassles, but surely not the last.

Svetlana est une femme dure, une chef de famille, on sent que c’est elle qui tient la baraque. Elle ne sourit pas beaucoup au début, surprise par mon arrivée inattendue, mais se détend après quelques phrases échangées dans sa langue natale. La nouvelle qui finit de m’achever : bien qu’on soit à moins d’un kilomètre de la frontière Serbe, ici, on ne peut la traverser que par l’autoroute, ce qui m’est bien évidemment interdit. Demain je devrais donc me taper un nouveau détour de plus de 30 kms pour traverser la frontière. Bref, la chambre, c’est en fait un appart entier, et bien équipé avec ça. Je m’endors comme un bébé après cette journée difficile ; les premières emmerdes, mais sûrement pas les dernières.  

J'aime, je partage! *** Sharing is Caring
Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on Google+
Google+
Share on LinkedIn
Linkedin
Share on VK
VK
Email this to someone
email