Françoise : journal de bord 4 juillet

Me voici en Ukraine

Je satisfais à mon petit rituel du matin c’est-à-dire dès le lever du soleil bien orienter mes panneaux solaires, les nettoyer grâce à la rosée du matin et mon petit chiffon que j’ai eu la précaution de prendre et surveiller la charge parce que dès qu’il fait chaud le régulateur coupe tout et je dois enlever le panneau supplémentaire.

Durant ce temps je bois du faux Nescafé froid, je mets mes affaires de la veille dans mon duvet pour les réchauffer et les faire sécher et je vous raconte ma journée…

Vers 9h30 je pars. Un kilomètre plus loin je suis à la frontière.
Je pensais la passer sans problème vu que je n’ai pas besoin de visa.
Mais nous sommes en Ukraine et les choses sont un peu compliquées.

Mon drôle d’engin intrigue.
Il est inspecté sous toutes les coutures. L’agent de contrôle appelle son chef qui appelle le surchef. J’explique ce que je fais mais visiblement on ne comprend rien et j’ai l’idée de sortir le papier très important que nous a préparé l’organisation où notre challenge est bien expliqué dans toutes les langues des pays que nous traversons. Bien sûr c’est écrit en russe et là tout change, de suspecte je deviens star. Hommages et séances photo se succèdent.
Ce n’est pas pour autant que je suis dispensée de faire la queue et des contrôles il en a trois. Les voitures sont inspectées minutieusement. Je n’ai pas tout de suite l’idée d’aller mettre mon vélo au soleil, dommage ces quelques what vont me manquer cruellement.

La petite ville frontière se traverse rapidement, ils conduisent comme des malades.

Mon itinéraire est facile, je suis sur une très grande route et je dois la suivre pendant des centaines de kilomètres…

La région est très pauvre.
Chacun devant sa maison vend sa maigre récolte, ici des tomates, là des haricots là quelques œufs, parfois fruits et légumes sont plus abondants. Certains vendent des paniers, d’autres différents objets en bois ou en bambou. Parfois ce sont de véritables épiceries à ciel ouvert très colorées avec énormément de bidons de lessive.

On m’avait dit que les routes ukrainiennnes étaient épouvantables mais à ce point je ne l’imaginais pas. Les trous ça va on connaît, on sait les éviter, amortir, ou serrer les dents en espérant que le matériel ne casse pas ce qui est arrivé à certains, mais les bosses, les bosses sont terribles, heureusement que j’ai sécurisé ma sacoche guidon sinon cela ferait longtemps qu’elle aurait valsé et moi avec. Mais il y a pire, les espèces de renflements sur le bord de la route, renflements que l’on ne voit pas toujours et où les camions vous poussent, si non évitement le retournement de la remorque est inévitable. Le trafic est intense, les camions vous frôlent, quant aux voitures elles zizaguent et tentent de se faufiler et tout ce petit monde va à une vitesse folle, bref c’est l’horreur.

Mais ce n’est pas tout je suis en train de traverser les Carpattes, je pensais que la route aller se faufiler gentiment entre les montagnes, mais non elle grimpe, parfois descend, je vais faire 1200 mètres de dénivelée, pour compléter le tableau le soleil s’est caché derrière les nuages et je sais bien que je vais manquer de batterie. Une seule descente me permettra de régénérer un peu.

La région est de plus en plus pauvre, sur le bord de la route régulièrement des gens assis par terre vendent de la confiture et des baies que je pense être des myrtilles, il va falloir que j’en achète.

Au bout de 75 km une petite pause avec quelques rayons de soleil vont me redonner du baume au cœur.

Le paysage est somptueux, fait de collines enchevêtrées recouvertes de forêts pour un peu je me croirais dans le nord du Vietnam…

Et puis ça continue encore et encore. Ce cauchemar va durer une centaine de kilomètres puis c’est une zone de travaux difficile à traverser. Mon vélo est intégralement recouvert de boue y compris les panneaux solaires.

Enfin la route est meilleure.

Le soleil s’est définitivement caché, mes batteries sont presque vides. Je continue courageusement à les économiser au maximum, j’appuie beaucoup sur les pédales.

Depuis longtemps j’ai dit adieu à mon objectif de 200 km mais j’étudie la carte et je pense qu’une fois traversée cette zone de montagnes ça va être plat et je vais pouvoir avancer et ne pas terminer ma vie dans un goulag en Russie.

Je décide de pédaler jusque 20h30 puis de chercher un bivouac mais le sort va en décider autrement. Les montées associées à l’absence de soleil font que je n’ai plus de batterie du tout, je suis donc contrainte de m’arrêter.

Puis les villages se succèdent, faits de maisons isolées, certaines en dur, d’autres en bois grisâtre. Mon obsession d’aller vite fait que je ne prends aucune photo.

Une petite route sur la droite, je m’y engage. Quelques maisons, une femme dans son jardin, à l’aide de gestes je lui demande où je peux installer ma tente, elle m’indique un endroit. Miracle le soleil daigne enfin sortir, vite j’installe mes panneaux et je récupère quand même deux volts.

Les villageois sont peu bavards mais non hostiles. Je les vois rentrer de la cueillette des baies les pieds et les mains violets.

Le pain donné, quelques frites chimiques, une barre chocolatée vont me servir de repas. Pas de réseau internet. Un soleil réparateur m’attend.

Conditions météorologiques
Soleil jusque midi, couvert l’après-midi.
Vent modéré contre froid

Production
30,7 Ah
1462,5 Wh

Consommation
29 Ah
9,5 W/km et oui, ça monte…
J’arrive avec des batteries à 40 volts, vides, la dernière grimpette au village à 10% je fais du poussage torture…

Réalisation
140 km, ce qui vu le dénivelé, l’absence de soleil l’après-midi est un exploit…
D+ 1192 m
6h20 sur le vélo
Vmoy 22 km/h
Vmax 46 km/h

Merci de me lire et de m’encourager, aujourd’hui j’en ai besoin.
Bisous tout le monde


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5 Commentaires for “Françoise : journal de bord 4 juillet”

MICHEL THIRION

dit :

Bravo, belle lucidité dans toutes ces epreuves.. Tant que le matériel tient c’est le minimum.On se croirait dans l’émissions  » Nus et culottés  » ou » j’irai dormir chez vous ». J’ai rencontré ces situations qui me renvoient à mes souvneirs, ça me parlent! Keep safe, take care et bon courage.

benoit

dit :

Et avec tout ça tu trouves encore le temps d’écrire ( et de bien écrire) tes péripéties. Bravo Françoise ( tu as le prenom et l’age de ma mère lol) c’est super et aprés cela va aller mieux bientot la russie pour toi
Bonne route

BONHOMME

dit :

Depuis notre cabane dans les Ecrins, où il y a du soleil ET du réseau, je ne peux que t’encourager, encore et encore…
Bernard (cf vélo-gîte de Valence)

Christine B.

dit :

Merci encore pour toutes ces péripéties liées au voyage, les gens, les paysages… même avec la Chine pour objectif immuable, au fond ce qui compte le plus, c’est le chemin 🙂 … Bientôt la Russie, courage…

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