Françoise : journal de bord du 18 juillet

Bonjour à tous

L’E38 est identique à elle-même, longue , ondulante, plutôt roulante avec batteries, mais difficile dans les côtes sans batterie. J’essaie de régénérer au maximum dans les descentes pour avoir un petit coup de pouce dans les montées. Il pleut.

Ici les cafés ont tendance à remplacer les stations services et ma foi c’est plus sympathique. Je fais mes petites haltes pour me restaurer, me reposer et me sécher un peu. Dans le dernier d’entre eux je me renseigne un peu sur Saratov pour savoir notamment si je vais trouver des distributeurs automatiques de billets. Dans mon désarroi la dame du café m’offre le repas et me donne des provisions pour ma route.

Enfin voici un écriteau Saratov. Un échangeur d’autoroute… je suis un peu perplexe sur la direction à prendre. Une voiture s’arrête. Je vois la femme passer à l’homme la tablette, visiblement il cherche sa route lui-aussi, je vous rappelle qu’il pleut particulièrement fort. Je frappe à la fenêtre côté conducteur, celui-ci ne daigne même pas m’ouvrir.

Coup de chance je prends la bonne direction. Un orage menace j’espère qu’il n’est pas pour moi, si il est pour moi. Je m’arrête sous des arbres et j’enfile ma tenue de combat. L’orage va être d’une violence inouïe, je suis à l’entrée de Saratov. Les trombes d’eau sont impressionnantes, des torrents d’eau et de boue dévalent la colline. La vue plongeante sur la Volga se passera de photo. Camions et voitures ne ralentissent pas, j’en prends partout par-dessus, sur le côté, par en dessous. C’est IMPRESSIONNANT, parfois même je SUFFOQUE, il faut que j’y aille, il faut que je me sorte de ce piège. Et puis ça se calme.

Je vois l’entrée d’une grande surface, je me rappelle qu’à Koursk j’avais trouvé un distributeur de billets à l’intérieur d’un centre commercial, je me gare et je rentre. Je m’adresse à l’agent de sécurité pour savoir s’il y a un distributeur de billets, il y a, me voici riche.
Direction café de luxe, deux grandes portions de frites viennent apaiser mes souffrances.

 

En revanche pas de pharmacie tant pis, ma plaie s’améliore de jour en jour, je coupe les pansements en deux, je devrais survivre à mes blessures.

Traversée de Saratov épouvantable je n’avais pas imaginé une si grande ville c’est presque une mégapole. J’ai du mal à comprendre qu’après avoir traversé des centaines de kilomètres de désert je me retrouve soudain dans une immense ville comme surgie de nulle part… Les gens ne doivent pas aimer la campagne ou bien on leur a imposé ce mode de vie. Moi je déteste les villes et les villes en vélo chargé avec des batteries vides et des routes toutes cassées, c’est juste affreux. Je subis tout, les embouteillages, les queues de poissons, les klaxons, la pollution. J’ai mis Google Maps, je m’en sors pas mal jusqu’à ce que je me retrouve dans une banlieue plutôt pourrie avec des chemins de terre inondés et je me demande bien où j’ai abouti…

Mon cyclanalyst indique 44 volts d’habitude, d’habitude je sais que je peux aller jusqu’à 42 V en ayant un peu de réserve ma batterie est même descendu à 38 volts et demi et là tout d’un coup lors d’un démarrage a un feu rien, je reste scotché sur place et je panique, je me dis ça y est avec toutes les trombes d’eau que j’ai pris j’ai tout cassé, je vais faire comme Jorguen, je vais être coincée et terminer mes jours dans un goulag russe.

Entre suntrippeurs et organisateurs nous avons maintenant deux chats , un sérieux pour les informations importantes et l’autre où paraît-il on peut délirer. Moi si on m’autorise à délirer je délire.
Je course Michael, chaque jour je lui reprends 10 km. À un moment donné je remarque qu’il est d’un côté de la Volga et moi de l’autre. D’ailleurs il a peut-être choisi la bonne solution, parce qu’au lieu de pédaler avec des batterie vides il s’est arrêté dans un camping au bord d’une rivière, il se baigne pendant que ses batteries chargent quand un rayon de soleil sort. Michael est chèque et parle tchèque nous conversons en anglais, il passe par google translate ce qui fait que parfois il y a des incompréhensions. Il n’a pas compris que je m’amusais en le coursant . Il croit que je suis en perdition en cherchant désespérément un endroit où dormir je finis d’ailleurs par l’être. Nos petites conversations finissent par importuner les gens et vous me connaissez je déteste importuner les gens donc je n’utiliserai plus le chat sauf urgence absolue.

La ville continue, mon espoir de bivouac tranquille disparaît. J’utilise booking pour trouver un hôtel. Un palace non loin d’où je suis s’offre à moi. Je vérifie par trois fois le prix car il me paraît dérisoire. Et… je tombe dans un endroit magique mais vraiment magique, un immense parc de toute beauté. Ce n’est pas une chambre que j’ai mais une suite… Deux lits, un salon, une entrée, une salle de bain rutilante, petit bémol la douche est écossaise.

Mais nous sommes en Russie ici et tout est compliqué. Cet établissement est réservé aux gens fortunés et reçoit probablement des séminaires d’affaires.
Je fais très clodo, mon vélo et moi ne sommes qu’un bloc de boue.
Je suis arrêtée par la sécurité à l’entrée du domaine, j’arrive quand même à expliquer que je vais dormir là, que j’ai les moyens de dormir là. Ça me rappelle la panique que j’ai déclenchée à Bogota quand j’ai pénétré par la porte de service dans l’hôtel chic de Bogotá…

Mais mon vélo ce n’est vraiment pas possible, il ne peut pas faire un mètre dans le parc. Mais attendez c’est que moi il faut que je prenne mes affaires, je vais pas faire 1000 aller-retour pour prendre mes petites affaires dont j’ai besoin ce soir. Enfin quelqu’un comprenant à peu près l’anglais arrive et j’ai l’autorisation d’approcher mon vélo. C’est vrai qu’il est sale et moi aussi..
Je sors tente et duvet car après le petit séjour sous les tonnes d’eau dans un abribus tout est dans un état épouvantable et a besoin d’être lavé et séché ce que je fais très confortablement dans ma suite royale.

À la réception je suis refoulée. L’hôtesse ne parle pas anglais évidemment, ici en dehors du Russe pas de salut.
C’est que je n’ai pas fait ma réservation et elle n’a pas de numéro, pas de numéro pas de chambre… pas de problème je fais ma réservation sur Booking, le numéro apparaît et tout est réglé et j’ai l’idée de sortir mon petit papier magique où tout est expliqué et de clodo je passe au statut de star..

Dur quand même toutes ces formalités quand tu as roulé 78 km, que tu t’es pris de l’eau, de l’eau, de l’eau, que tu as roulé pratiquement tout à la pédale et que bien sûr tu es épuisée et quelque peu énervée et surtout inquiète quant à l’état des batteries et du reste, les cyclanalystes étaient bien protégés mais il y a aussi le moteur, la connectique et un appareil qui va du moteur à la batterie donc je ne sais le nom.

 

Bref dure journée qui se termine en beauté…

J’ai oublié le principal, j’ ai traversé la Volga, moment teinté d’émotion et de frayeur, surtout quand sur cet immense pont les joints de dilatation qui me faisaient faire des bonds tous les 10 mètres ont fait ouvrir ma sacoche guidon risquant de me faire perdre mes précieux papiers… vu l’absence de batterie j’attends d’être dans la descente pour m’arrêter et remettre tout en place et je garde la vie sauve.
J’ai le courage de garer mon vélo de remonter à pied sur le pont et d’immortaliser par photos et vidéos cet instant unique.

 

Conditions météorologiques
Pluie
Énorme orage

Les chiffres
Production
13 Ah
608 Wh

Consommation
8 Ah
4,4 Wkm

Réalisation
78 km
5h sur le vélo

Merci de me suivre.
Bisous tout le monde

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2 Commentaires for “Françoise : journal de bord du 18 juillet”

benoit

dit :

encore bravo à toi quels beaux écrits pour nous narrer tes aventures et tu as réussi à rattraper mickael, alors les autres attention françoise va venir vous croquer un par un. Bon elle n’est pas sure pour Raf et va refaire ses calculs pour savoir si elle peut aller le fumer (petit clin d’œil sympa à Bea et Yannick sun trippeurs 2015)

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