J’ai fait une course !

Je rêvais d’aventure en Asie centrale. Emprunt de liberté, de vent et de soleil, les steppes Kazakhes étaient la destination idéale pour l’accomplissement de ce rêve. Aussi, l’idée du Suntrip fut merveilleuse. Je pouvais faire cela, réaliser ce voyage tout en la partageant avec trente deux autres doux rêveurs. A notre disposition, un site internet avec un positionnement GPS qui nous permettait éventuellement de se retrouver et faire quelques kilomètres ensemble.

Mais tout ne s’est pas passé comme prévu. Tout système, aussi beau qu’il soit à son coté pervers. La carte du site internet m’a plongé dans une course. Moi qui voulait voyager, me voilà au coeur d’une épreuve. Chaque soir, un oeil sur la carte pour voir où sont mes amis. Mais que font ils ? Jamais ils ne s’arretent ? Alors si eux ne se reposent pas, pourquoi le ferais je moi. Je dois continuer à les suivre, rester à distance honorable. C’est dur ! Pas le temps de visiter car pas trop de temps à perdre. Les autres avancent. Le couchsurfing ? Très vite oublié. Trop compliqué à gérer avec un vélo solaire. Difficile de prévenir trois ou quatre jours avant mon hôte pour lui dire que j’arrive. Mon avancée est trops soumise aux conditions climatiques. Je dois rester libre de pouvoir dormir où je peux le soir.

Tout se passait bien jusqu’en Ukraine où sont apparu les premiers incidents techniques. Cela m’a retardé quelque peu, mais rien de très grave. Le plus dur, fut de se résigner à changer mon itinéraire. Je devais dire adieux aux montagnes du Caucase afin de ménager mon vélo. Ce sera donc la steppe immédiatement après la Russie.

La steppe ! Rien de compliqué. Juste des grandes lignes droites toute plates à perte de vue, la chaleur et la sècheresse. J’ai connu pire durant mes précédents voyages. Alors ce sera une formalité. Quelle arrogance de ma part ! Le 1er août, après onze jours merveilleux en Russie, je rentre au Kazakhstan et atttaque la steppe. A ce moment là, le sentiment qui domine est la sensation d’en avoir presque terminé avec le Suntrip. Dernier pays, dernier kilomètres, je suis presque arrivé. Quelle prétention !

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La steppe ne tarde pas à montrer quelle ne se dompte pas si facilement. Ce n’est pas ce qu’il y a de plus difficile. Ce n’est même jamais très difficile. Ici pas de col de 30 km à gravir. Pas de trafic de folie à avaler. Non ! La steppe c’est à l’usure qu’elle vous ruine. Elle est comme une petite souris qui vient vous grignoter jour après jour lentement votre motivation. Alors que j’attendais le soleil, c’est d’abord la pluie et une belle tempête qui me rappelle qu’ici, c’est bien la nature qui est reine. J’attendais au moins 40 degrés et je ne dépasse les 20. Ici, quand le vent souffle, c’est pas pour du beurre. Pas de montagne pour le stopper. Non ! Il est là pour quelques jours. Pourtant, chaque soir j’espère qu’il va s’arréter. Mais au petit matin, c’est la desillusion. Pire il, souffle de plus en plus fort. C’est comme ça que la steppe, jour après jour, fait un travail de sappe pour détruire mon moral. C’est sans cesse le va et vient entre espoir et desillusions. J’en deviens fou. J’hurle aux quatres vents. M’arrète pour aller filer des coups de pieds dans les quelques buissons qui essaient de pousser dans ce vide. Où est la fin ? Elle approche après 17 jours à rouler dans cette forme de désert ! Astana n’est plus qu’a 400 km. C’est une affaire de 3 jours. A ce moment là, Astana sonne comme une délivrance. Il faut que j’y sois sous trois jours car je fais une course. Pas question de m’arréter. Puis le vent continu à forcir. Je n’arrive même pas à faire 80 km dans la journée. Mon objectif ne peut pas être atteint ! Je craque au bord de la route et les larmes commence à venir. Hurler, vociférer, insulter ne suffit plus. La steppe m’a eut ! Pourquoi faire une course ? Pourquoi ne pas stopper et attendre que cela passe ? Je n’en sais rien. Certainement que j’ai l’esprit plus compétittif que je ne le pensais.

Enfin Astana ! Le premier sentiment qui me vient est du soulagement ! Le bonheur d’être arrivé n’est pas encore présent. J’ai envie de crier à la barbe de la steppe que j’y suis arrivé. Mais arrivé où ? A Astana ? Mais je ne suis qu’au coeur de la steppe. Si je voulais gagner ma bataille contre elle, il me faudrait encore faire le double de trajet que ce je vient de faire, soit encore 2700 km. Et ça, ce n’est pas possible. C’est bien elle qui a gagné. Elle est bien plus forte que moi !! Peut être que tout cela aurait été différent si j’avais fait un voyage ! Mais j’ai fais une course qui s’appelle « The Suntrip » !!

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