Les lois de l’hospitalité

Déjà depuis l’Ukraine, mais plus encore en Russie, on est passé en mode bivouac, ce qui rend les douches et autres commodités plus incertaines. Ceci dit, le porte-monnaie s’en porte mieux, et en fait, on préfère bivouaquer, ça a un je-ne-sais-quoi de plus inattendu, ça ressemble plus à mon idée de l’aventure. D’autant plus que depuis que Guillaume a acquis la compétence « Allumer un feu » (+500 points d’XP), on mange clairement mieux. On s’offre même le luxe de cuisiner des champignons et des oignons avec nos pâtes…

La logique est la suivante lorsque l’on cherche un endroit où s’installer : dès que l’angle des rayons du soleil devient insuffisant pour alimenter décemment le moteur de Guillaume (soit vers 17h ici, 15h chez vous), on sort de la ville – si on y était – pour éviter les chiens mal nourris et les gars bourrés, et on prend une perpendiculaire en direction des champs. On va rarement très loin, 200 – 300 mètres, juste assez pour ne pas être vus de la route, atténuer le bruit de la circulation et se trouver un peu tranquilles. Après… on est les rois du monde ! Souvent, au moment où je me brosse les dents, la nuit tombe et je médite le fait de faire une chose très ordinaire dans un contexte tout à fait extra-ordinaire. En regardant les champs, je pense à vous qui vous brossez les dents devant votre glace et qui vous préparez pour la journée de bureau du lendemain… ^^ 1 bivouaque russe003

 

De tous les clichés que l’on peut avoir sur la Russie et les Russes, celui du Russe froid et antipathique est probablement le moins fondé. Bon, déjà, la Russie c’est tellement grand et avec de telles disparités d’une région à l’autre qu’il est difficile de dire que telle chose est vraie de St Saint-Pétersbourg à Vladivostok. De mon point de vue, jusqu’à présent, la Russie est clairement le pays où l’on a été le mieux accueillis. Alors, effectivement, la serveuse de chez McDo ne va pas nécessairement vous faire l’accolade et vous sourire de toutes ses dents. Et si les grandes villes ressemblent à toutes les grandes villes, on a été très bien reçus dans les villages. J’en veux pour exemple ce fameux moment où après avoir essuyé un orage et galéré sur une piste caillouteuse, nous avons croisé Liliana et son mari qui ont arrêté leur van Wolksvagen rouge à notre hauteur. Après quelques explications sur notre équipage, il ne leur en a pas fallu plus pour nous proposer de venir chez eux, prendre une douche, manger et finalement dormir.

Ce soir-là, on a fait sensation dans leur village. La moitié de la population était rassemblée autour du terrain de volleyball pour une trépidante partie jeunes/jeunes, jeunes/vieux, vieux/vieux. On a eu le droit à toutes les questions imaginables. L’une des jeunes filles agglutinées autour de nous a sorti son manuel d’anglais pour me poser toutes les questions qu’elle y trouvait. Babouchka037

Chez Liliana, on fait connaissance avec l’ensemble de la famille : 4 générations rassemblées dans la même rue. Liliana s’étonnait d’ailleurs qu’en France il soit relativement courant qu’au départ pour l’université ou passé 18 ans, beaucoup d’enfants quittent le domicile parental, parfois pour vivre loin. Très chaleureux, on a eu des embrassades mouillées et de franches accolades lors de notre départ. Et Liliana, en bonne babouchka (grand-mère en russe), ne nous a laissé partir qu’avec une cargaison de 8 steaks, 4 saucisses, 20 oeufs, et pleins de gateaux (ma remorque s’en est étrangement retrouvée alourdie et nous aussi…). Babouchka041

Plus tard, on s’est fait abriter un midi pluvieux par un sympathique fermier, la propriétaire d’un café nous a aussi offert de quoi nous réchauffer tout trempé que nous étions après l’orage.

Hier, le temps était particulièrement venteux et nous étions au milieu de RIEN. On est plus très loin des steppes russes et on ne voit plus beaucoup d’arbres dans ce coin-là. On s’est dit que planter la tente, sans rien pour l’accrocher, sans rien pour nous abriter, n’était clairement pas un plan optimal. Alors on s’est approché des fermes pour demander l’autorisation de se cacher du vent derrière un mur. La maison à laquelle nous avions toqué était celle d’une famille tchétchène musulmane en plein ramadan. Nous avons eu la chance de nous faire inviter pour le repas du soir et du matin.

Rencontre tchètchene003 Je craignais un peu la Russie, mais au final, je suis très contente de notre passage dans ce pays. On a eu des sourires rigolards même de la part de la police. Grande vertu du voyage que de faire tomber les a priori.

A ce propos, quand on pédale pendant des heures, on a fatalement beaucoup de temps pour penser. Et en pédalant, je me suis rappelée une vieille discussion avec une personne qui disait détester l’humanité pour ce qu’elle a de pire. Aujourd’hui je lui répondrais qu’elle n’a pas assez voyagé pour voir ce qu’elle a de meilleur. Je me suis aussi souvenue d’un passage d’Acide sulfurique d’Amélie Nothomb (oui, bon…) qui, de mémoire, dit la chose suivante : « L’humanité est ce grand supermarché où l’on trouve tout et son contraire. Haïr l’humanité est comme haïr une encyclopédie universelle. Il n’y a pas de remède à cette exécration-là.« 

Je vous laisse méditer ces sages paroles (ahaha). Amis philosophes, bonsoir !

Emilie 

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