L’univers conspire

Frontière002Mon dernier article nous avait laissé à Trieste, après notre éprouve étape depuis Vizenca. Le lendemain, après une nuit reposante chez Sergio, mais sans solution pour stocker nos marmites et visiter la ville paisiblement, nous nous sommes contentés de flâner en vélo dans la cité adriatique. La place de « Unita de la Italia » (l’entrée de Trieste et Trente en Italie parachève l’unité du pays commencée au XIXe siècle) est proprement majestueuse et ouvre sur la mer. Vue de nuit puis de jour, je vous assure qu’elle vaut le détour. Nous n’aurons malheureusement pas assez de temps pour visiter le château Miramar qui, comme son nom l’indique, donne sur la mer, et les autres trésors de la ville. Dommage, mais ce sera pour une autre fois ! J’en ai vu juste assez pour me dire que Trieste vaut le coup d’être visitée.

C’est sous un ciel où les nuages ont commencé à s’amonceler, annonciateurs du mauvais temps à venir, que nous avons passé la frontière en Slovénie pour une entrée en terra incognita, puisque désormais tout sera nouveau ! Avec la Slovénie, on quitte les routes bondées et les zones péri-urbaines moches pour enfin se trouver un peu tranquilles dans la campagne. Quelques kilomètres après la frontière, nous demandons notre chemin à un cycliste autrichien qui va à Rome avec son seul sac à dos et on troque avec lui notre carte de l’Italie contre sa carte de Croatie.

L’entrée en Croatie nous a cependant fait déchanter : temps pourri, douanière antipathique, pépins techniques… L’arrivée sur la côte croate, dans la ville de Rijeka (le j se prononce i), a été franchement déplaisante. Même si nous avons rencontré un cycliste et deux voyageurs sympas, les gens sont très peu curieux, ne répondent pas à nos sourires, je ne sais pas s’il s’agit d’un manque de curiosité, de l’indifférence, ou d’une forme réserve propre aux pays slaves. On a découvert plus tard en discutant que les « gens de la côte » ont aussi bonne réputation que nos Parisiens de chez nous (je salue au passage tous mes amis parisiens ^^). Le soir, nous avons dormi chez l’habitant, le propriétaire louait une partie de sa maison et il a été tout à fait exécrable, ce qui parachevait une journée déjà bien moche.

On est parti tôt le lendemain de fort méchante humeur. Heureusement, la route paisible dans la montagne, la jolie vue sur la mer et le temps relativement clément nous ont réconcilié un peu avec le pays. A la pause goûter, nous nous sommes arrêtés à côté d’une maison, en soupirant sur le fait que le passage de l’Italie à la Croatie était un peu rude et que les Croates ne nous paraissaient pas très sympathiques jusque-là. C’est sur ces ruminations que la famille de Kaja nous a salué, puis invité à table pour manger un plat dont j’ignore le nom mais tout à fait consistant et qui ressemble un peu à de la tortilla dans une feuille de brick. J’ai été enchantée de passer une heure en leur compagnie, les enfants parlaient bien anglais (même le plus jeune de 9 ans) et traduisaient pour leur parents. On a rigolé, mangé, pris des photos, et on a joué à un casse-tête chinois en bois qu’ils avaient fabriqué eux-mêmes et dont ils nous ont fait cadeau.

Le jour suivant a continué de nous réconcilier avec le pays et les gens, et ce que je prenais pour de l’indifférence n’est peut-être que de la réserve et qu’il faut simplement briser la glace pour que les gens se mettent à vous sourire. Sur le chemin, nous avons été aidés par Keser et ses amis qui nous ont prêté des outils pour redresser le plateau de Guillaume. Tania et Milan nous ont offert un café, une bière et à manger, ainsi qu’une plaisante conversation en français.

« L’univers conspire » comme dit Coelho.

Sisak to Dakovo006Keser nous a expliqué qu’il était Serbe et ses amis, Croates, mais que maintenant ça n’avait plus beaucoup d’importance. Tania est une Serbe née en France, elle est revenue sur les terres familiales juste avant la guerre. Si jamais nous avions oublié qu’il y a eu la guerre ici il y a à peine vingt ans, eux n’ont pas oublié et vivent avec. Il y a encore beaucoup de traces de l’histoire récente, les maisons vides abandonnées, celles criblées d’impacts de balles à l’approche de la frontière bosniaque, beaucoup de signes de la ferveur nationaliste des tags aux toits décorés du damier du blason croate.

L’univers a continué de conspirer puisque nous avons été accueillis par Ivan et sa famille pour dormir dans leur atelier de mécanique. Un peu par hasard, ils nous ont croisé en voiture, ont fait demi-tour et nous nous sommes arrêtés pour discuter avec eux et, de fil en aiguille, inquiets qu’on ne sache pas où dormir, ils nous ont invités chez eux. Ivan est un petit génie de la mécanique, à 17 ans, il a déjà gagné plusieurs prix d’inventeurs, il travaille avec son père sur un projet de quadricyle publicitaire. On a vraiment eu du bol de les rencontrer !

Sisak to Dakovo004

Le lendemain, nouvelle grosse journée, 210 kilomètres pour rallier Sisak à Dakovo, la ville où vit Maja, une amie de Guillaume rencontrée pendant son Erasmus en Tchéquie. A l’origine, on avait pas du tout prévu de faire autant de kilomètres, on a pris une route différente de celle prévue à l’origine et il s’est révélé au final qu’il y a plus de 200 kilomètres, mais comme il fallait absolument rejoindre Maya, on s’est dit « aller ! ».

Dakovo003Aujourd’hui, premier jour de repos depuis une semaine, elle est franchement bienvenue, les batteries sont vides, on est fatigués, et les vêtements sont sales ! En compagnie de Maja et de sa famille, la pause s’annonce chouette. On discute du voyage, de la guerre, des cultures… Maja qui fait une thèse en histoire contemporaine est très intéressante, elle nous apprend plein de choses sur le pays.

Demain, on passe en Serbie !

Emilie

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