Nos 1000 premiers kilomètres

Nos premiers 1000 kilomètres à travers l’Italie, plein de péripéties et de rebondissements, de bateaux de pirates et de T-rex affamés !

Mon dernier post s’arrêtait à notre entrée en Italie, or, c’est là que tout a vraiment commencé ! On a laissé tout notre fanclub d’un côté de la frontière et on a filé de l’autre côté du monde, pour une descente à pic vers le val d’Aoste. C’est dans un camping de La Salle que nous avons passé notre dernière nuit en compagnie d’autres suntrippeurs (Askar, Stéphane et Lionel). Nuit infâme s’il en est en ce qui me concerne, le camping était au beau milieu des champs avec comme vous vous en doutez 2 ktonnes  de graminées au m²… je n’ai pas beaucoup dormi.

Le troisième jour, nous avons continué de descendre les Alpes pour sortir enfin des montagnes et atterrir dans la Plaine du Pô en direction de Saluggia, petit village que nous avons atteint au terme d’une étape de 139 kilomètres, la plus importante jusque là. On a semé Askar dans la matinée et on a vu passer Anick-Marie lors de notre pause déjeuner aux abords d’un cimetière, endroit stratégique car on y trouve toujours de l’ombre, du calme et de l’eau fraîche (ok, pour la compagnie, on repassera !).

Route de Vérone053

Nos couchsurfeurs de Sallugia, Walter et Elena, tout deux très accueillants, étaient végétariens, ils nous ont préparé un repas de folie, on s’est vraiment régalé. Walter est un « homme à la maison » parfaitement bienheureux, fou de ses deux filles et qui fabrique plein de choses de ses mains, du jardinage à la cuisine, très loin de l’image du macho velu italien ^^

Le lendemain, on a commencé à remonter la vallée du Pô vers l’est, en pleine pampa italienne, au milieu des champs de blé, de maïs et de riz. Et qui dit riz, dit eau stagnante et qui dit eau stagnante dit… MOUSTIQUES !!! Heureusement avec nos produits pas du tout chimiques, pas du tout toxiques, tout à fait bon pour la santé, le fameux « Repousse 3000 anti-moustiques », on a échappé au pire. La route était un peu monotone, mais avait l’avantage d’être très paisible. Nous avons rejoint Fabio à Pavie où j’ai pu discuter avec lui à bâtons rompus du marché européen du solaire et de la fameuse concurrence chinoise puisqu’il est lui aussi du domaine.

 

La transition vers Breschia a été un peu plus violente. Finies les routes bucoliques et tranquilles, la Dolce vita à l’italienne et les midis paresseux au son des cigales, bonjour les zones péri-urbaines toutes moches et leur 2*2 voies à se sentir en trottinette sur l’autoroute ! Furieuse journée à éviter les camions et les nids de poule, et à lancer des regards stressés dans le rétroviseur pour surveiller les chauffards ! Furieuse journée à pester contre les panneaux signalétiques fantaisistes qui vous indiquent les mauvaises directions, se contredisent et vous font tourner en rond. Nous avons perdu plus d’une heure dans Breschia, incapables de trouver le bon chemin vers Castenedolo, le village caché de notre couchsurfeur. Après plusieurs kilomètres de détours, des allers et des retours, des soupirs agacés et une crise de colère, on a fini par arriver à bon port, chez notre ami Marco. Ah Marco ! Merci de nous avoir montré ce que nous avions raté dans cette ville où nous n’avions rencontré que des ennuis ! Le château, les lumières de la ville, le chatoiement des couleurs des maisons, les colonnes et les vieilles pierres, on a failli rater ça ! L’atmosphère de la ville est très douce et elle a mis du baume à nos cœurs fatigués de la route ce jour-là !Brescia005

Le lendemain matin, une très mauvaise surprise nous attendait. Après quelques heures de recharge sous un cagnard infernal, je suis allée vérifier l’état de ma batterie. J’ai lancé un regard vers mon wattmètre et j’ai vu qu’il était éteint. J’ai vérifié tous mes branchements. Toujours pas de jus. On a fait tourner les batteries entre les vélos. Toujours rien. Après plusieurs messages d’alerte – chutes de tension inopinées constatées les jours précédents – la batterie venait de nous envoyer son dernier ultimatum. La batterie est probablement l’organe le plus critique de tout le vélo, celui qu’on ne peut pas réparer,  celui dont est le plus dépendant. On a appellé au secours Ludo qui suspecte la chaleur, peut-être une trop grande sensibilité du système de gestion de la batterie (le fameux BMS). Notre batterie est acheminée des Etats-Unis par bateau car elle ne peut pas voyager en avion, il y a un mois de délai pour en obtenir une nouvelle. C’est la consternation à ce moment-là. On était tellement atterré que ça nous arrive que l’on ne peut même pas dire que nous nous sommes énervés, nous avons peu parlé en fait, parce qu’il n’y avait rien à dire  et rien à faire, rien de plus que ce que nous avions déjà fait. Comte-Sponville parle souvent dans ces livres du fait qu’il est vain d’espérer ou de désespérer de ce qui ne dépend pas de nous. C’était un peu le cas. Un sinistre coup du sort !

Alors Marco nous a amené à Salo, cette fameuse cité connue pour sa république fantoche mussolinienne et le film de Pasolini. Au bord du lac de Garde, on a essayé de décompresser, d’appeler Florian dans l’espoir qu’il puisse nous ramener de France une batterie de substitution, un prêt de Ludotechnologie, une batterie trois fois moins puissante mais qui nous permette de continuer. Il nous dit que c’est possible, qu’il a l’intention de reprendre la route pour aller filmer la tête du peloton. Alors on a pu enfin profiter de l’après-midi, faire un peu trempette dans l’eau du lac, déambuler dans les jolies rues, et prendre un apéro dans la lumière du soir, tout au bord de l’eau, en compagnie de Marco.Lac de Garde011

En rentrant, on a découvert que la batterie fonctionnait de nouveau, mais ce n’était que partie remise. On s’est préparé pour le lendemain, et on a quitté ce bon Marco au petit matin, en pédalant toujours à l’est, droit vers Vicenza. Sur le chemin, on a rencontré Jean et Céline, nos compères suntrippeurs du CERN. Ca faisait vraiment du bien de les voir  ! On s’est aussi retrouvé avec Florian pour tourner un bout de vidéo et récupérer la batterie de secours. Même au bout de quelques jours, même dans un pays que l’on connaît déjà, c’est surtout la distance mentale avec la maison qui se fait sentir, et c’est chouette de la retrouver dans un visage connu !

Le lendemain, ah quelle journée ! La batterie nous a définitivement dit adieu, nous avons assisté impuissants à ses derniers soubresauts avant la fin. RIP, batterie, on ne te dira pas merci ! Vicenza – Trieste : 210 kilomètres. On le savait mais la journée s’est révélée pire qu’on ne le pensait. D’abord parce que la batterie nous a lâché, ensuite parce que la journée a été particulièrement venteuse, nuageuse, que l’on a pas pu recharger autant qu’on le voulait. La douleur de la selle a commencé à devenir persistante jusqu’à ne plus nous lâcher. Les vingt derniers kilomètres ont été les plus éprouvants, car nous étions entrés dans Trieste mais la ville de notre couchsurfeur était juste après. Et ce qui semblait être tout près sur la carte était trompeur car la voie principale était interdite auTrieste029x vélos. Détour de 20 kilomètres par les collines. Les derniers volts de la batterie de Guillaume se sont envolés à ce moment-là. La mienne a gémi, mais elle a tenu bon jusqu’à la fin. Nous sommes arrivés énervés et épuisés, mais nous sommes arrivés. Avec la fierté de l’avoir fait ! Avec le souvenir de la nuit tombante sur l’Adriatique et du phare de Trieste, cette dernière cité – avec Trente – à faire partie de l’Italie, ces fameuses « terres irrédentes » devenues italiennes après la première Guerre mondiale.

Sergio nous a permis de nous reposer un peu, « recharger nos batteries », avant que l’on ne reparte pour visiter Trieste en vélo et piquer droit vers la Slovénie, le début de la terra incognita !

 

A Trieste, enlève ta veste !

 

Cet article est très long mais il parle d’une semaine de voyage ! On essaiera d’écrire plus souvent pour éviter ça dorénavant ^^

On pense aussi à ceux qui ont rencontré des petits pépins ou de grosses déroutes sur ce chemin pénible de l’Italie. On pense aussi à vous, Cédric, Sylvain, Anick-Marie, Christian, Elvira, Jean, Céline, on espère vous revoir bientôt !

Slovénie expresse006

Emilie

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