L’annonce récente du projet The Sun Trip 2028, imaginé de nouveau entre la France et la Chine, n’a laissé personne indifférent. Et chez ceux qui ont déjà inscrit leur nom au palmarès, l’enthousiasme est à la hauteur du défi annoncé : immense.
Plus long, plus structuré, plus engagé géographiquement et sportivement, ce Sun Trip du renouveau est déjà perçu comme le plus difficile jamais proposé.
En guise de cadeau de nouvelle année, nous vous proposons des réactions croisées des 4 vainqueurs des 5 premières éditions de The Sun Trip : Raf Van Hulle (2013 et 2018), Bernard Cauquil (2015), Jean-Marc Dubouloz (2021) et Jack Butler (2024).
La plupart de ces champions pourraient se retrouver en 2028, pour une édition qui s’annonce déjà comme légendaire !
1. Quelles ont été vos réactions à l’annonce du projet ?
Raf Van Hulle : Une telle course change une vie ! J’ai toujours espéré pouvoir refaire cette course légendaire jusqu’en Chine, et de préférence dans le cadre du Sun Trip. Mais alors avec un peu plus de temps pour regarder autour de moi. En 2018, je n’ai pas eu le temps de visiter tranquillement : je suis passé devant certains endroits où j’aurais aimé séjourner. C’était manger vite et courir, ou les deux en même temps. J’ai vu la Grande Muraille de Chine du coin de l’œil. Pour cette prochaine édition, j’espère devoir moins me presser et trouver davantage de temps pour flâner.
Bernard Cauquil : A la fois une bonne surprise et un le signe que l’aventure Sun Trip est toujours bien vivante et va encore une fois faire rêver.
Jean-Marc Dubouloz : Bravo, si cela arrive à se concrétiser. C’est pour ce projet que je m’étais inscrit à l’origine au Sun Trip, en 2020, avant que le COVID ne change la donne.
Jack Butler : Très enthousiaste. C’est formidable qu’un nouveau Sun Trip d’envergure vers la Chine voit le jour. Ce Sun Trip va clairement se situer à un tout autre niveau.
2. Même s’il subsiste encore des incertitudes concernant le passage de secteur “Caucase / mer Caspienne”, que pensez-vous du tracé global ?
Bernard Cauquil : Le parcours sera certainement plus exigeant que celui de 2018 avec le passage par les Balkans et les hauts plateaux Tibétains où seul Mickael Polak s’était aventuré en 2018.
Jean-Marc Dubouloz : Il y a toujours au programme le Tibet chinois qui fait pas mal rêver avec cette longue portion à plus de 4000m d’altitude.
Jack Butler : Le parcours a l’air très intéressant. Je pense que l’expérience sera très différente pour les aventuriers qui s’y lanceront, comparée au Sun Trip 2018. La gestion du ferry sur la mer Caspienne est un point clé : il faudra trouver la meilleure façon de l’intégrer à la course sans ajouter une part de hasard excessive.
Raf Van Hulle : Beaucoup dépend de la traversée de la mer Caspienne. C’est un ferry pétrolier qui ne navigue que lorsqu’il est plein. C’est un facteur que l’on ne maîtrise pas et pour lequel l’organisation peut mettre en place un système juste et équitable. Heureusement, Bakou est une très belle ville où l’on peut attendre le ferry. Un arrêt obligatoire est important pour reprendre son souffle, effectuer d’éventuelles petites réparations sur le vélo et rencontrer les autres participants.
Zoom sur Bernard Cauquil. Vainqeur en 2015, 3ème en 2021.
3. Selon vous, est-ce le Sun Trip le plus difficile jamais proposé ? Quels seront, d’après vous, les passages clés du parcours ?
Jack Butler : Oui, ce sera très certainement le Sun Trip le plus difficile à ce jour. En 2018, les itinéraires que j’ai empruntés, comme beaucoup d’autres participants, évitaient en général les zones les plus difficiles. Avec l’ajout des checkpoints cette fois-ci — en particulier sur le haut plateau tibétain — le défi sera immense. Les itinéraires les plus difficiles sont plus « vivables » pour les Sun Trippers en quête d’aventure et de voyage épique plutôt que de performance pure. En revanche, pour les aventuriers, ce parcours sera extrêmement exigeant.
Raf Van Hulle : La difficulté dépend de ce que l’on en fait soi-même. C’est un parcours magnifique, mais pour ceux qui veulent gagner, ce sera une véritable épreuve d’endurance. 15 000 km, ce n’est pas rien ! Nous traverserons les Balkans, puis la Turquie, ensuite la Géorgie et l’Azerbaïdjan — un enchaînement que je n’ai pas encore fait. D’Aktau jusqu’au-delà d’Urumqi, je connais la route G30 (j’en ai des frissons rien qu’en écrivant son nom). J’ai placé des repères partout où il y a de petits hôtels, car ils sont très rares pour les étrangers. Quelque part entre Jiuquan et Lanzhou, je devrai bifurquer à droite pour entrer sur le plateau tibétain. À partir de là, tout sera nouveau pour moi. Oui, j’ai vraiment hâte de partir.
Bernard Cauquil : Je pense en effet qu’il s’agit du parcours le plus difficile jamais proposé. Comme je l’ai dit plus haut, la traversée des Balkans et la portion vers le plateau Tibétain. Les aléas liés à la traversée Bakou – Aktau peuvent aussi constituer un point clé.
Jean-Marc Dubouloz : Voir comment gérer la traversée du Caucase, Géorgie ou Azerbaïdjan. Proposer une trace unique ? Il faut impérativement neutraliser la course pour le passage de la Caspienne. La traversée est trop aléatoire, ce serait vraiment la loterie. Et il faut mieux baliser les règles d’utilisation des routes chinoises.
Zoom sur Jean-Marc Dubouloz. Vainqueur 2021, 2ème en 2024.
4. Quelle distance moyenne quotidienne pensez-vous que les participants les plus rapides pourront maintenir sur ce parcours ?
Jean-Marc Dubouloz : je pense entre 300 et 350 km par jour.
Raf Van Hulle : La technologie ne cesse de progresser. Lors des dernières éditions, nous avons constaté que 300 à 330 km par jour sont devenus normaux, même en Europe ! En Europe, les cyclistes doivent emprunter des routes secondaires, avec de nombreux carrefours et des villes. Une fois sorti d’Europe, on peut rouler sur les routes principales et aller beaucoup plus vite. La nouvelle route de la soie vers la Chine est connue pour ses interminables lignes droites, avec des étapes quotidiennes de 400 km. En 2018, nous avons pu parcourir des milliers de kilomètres d’affilée sur des autoroutes à péage calmes. Si celles-ci sont toujours d’actualité en 2028, l’arrivée est possible en moins de 45 jours.
Bernard Cauquil : La moyenne des plus rapides devrait se situer autour des 300 km/jour.
Jack Butler : Ma première réaction serait de dire que la moyenne journalière sera bien supérieure à celle de 2018. Mais même si les points de départ et d’arrivée sont identiques, je pense que les nouveaux checkpoints vont rendre le parcours beaucoup plus complexe pour ceux qui recherchent la vitesse, comparé à 2018.
Zoom sur Raf Van Hulle. Vainqueur en 2013 et2018, 2ème en 2015.
5. Quelles sont vos chances, selon vous, d’être sur la ligne de départ ?
Jack Butler : Bien sûr, je ne peux pas l’affirmer avec certitude, mais je pense qu’il est assez probable que je sois présent, prêt à prendre le départ en 2028.
Raf Van Hulle : Je participerai avec mon LE3. Il est prêt et a été entièrement rodé cette année au Maroc. Je l’utilise au quotidien et j’en suis très satisfait. Je ne sais pas si j’ai encore l’ambition de gagner. Pour moi, la route est trop belle pour en faire à nouveau une course d’épuisement. On verra bien. Mais ce qui est sûr c’est que mon vélo LE3 est clairement conçu pour la vitesse et l’efficacité. Au Maroc, j’aurais aimé battre mon record journalier de 475 km (de Jean-Marc), mais à cause des conditions météo et du vent, cela n’a pas été possible. Dans le Sahara, il y a beaucoup de poussière en suspension dans l’air, ce qui réduit l’énergie solaire. Sur toute la route de la soie, et sur les plateaux du Tibet ce n’est pas le cas : elle se prête parfaitement à de nouveaux records. L’air y est plus rare, l’altitude élevée, et les longues lignes droites abondent. On peut y rouler très vite en continu.
Bernard Cauquil : En l’état actuel des choses, je n’envisage pas pour l’instant de participer au Sun Trip 2028
Jean-Marc Dubouloz : J’avais dit « Jamais. Plus jamais » à la fin de mon premier Sun Trip. Et puis, j’y suis retourné…
Zoom sur Jack Butler. Vainqueur 2024, 6ème en 2018.
6. Quel est votre conseil de champion pour quelqu’un qui découvre le Sun Trip, ou qui en rêve depuis toujours et souhaiterait participer en 2028 ?
Raf Van Hulle : 2028 nous laisse beaucoup de temps pour nous préparer. Il faut utiliser ce temps pour préparer le vélo et le roder. Faire un voyage de reconnaissance autour de la mer Caspienne peut vraiment aider, afin de savoir où embarquer, et quel itinéraire choisir. Car une fois la course lancée, il n’y a plus de temps pour faire du tourisme.
Bernard Cauquil : Commencer la préparation dès maintenant tant mentale et psychologique que la mise au point de la machine avec laquelle ils comptent participer et la définition précise du trajet.
Jean-Marc Dubouloz : Faire ce que j’ai fait, appeler Guillaume Devot de Grintech.eu
Jack Butler : C’est la meilleure année pour se lancer. C’est le grand Sun Trip. Le vrai Sun Trip épique ! Rien que l’idée devrait faire peur. Mais avec de la détermination, c’est possible.
Si vous voulez rejoindre l’aventure : The Sun Trip 2028

















