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Analyse de la course du Sun Trip 2024

08.05.2024 - The Sun Trip
The Sun Trip The Sun Trip

Après 23 jours d’aventure, la course du Sun Trip 2024 a donc rendu son verdict ce dimanche 5 mai. A 29 ans et au terme d’une aventure maîtrisée de bout en bout, l’anglais Jack Butler rejoint la liste des vainqueurs de The Sun Trip ! 

Il côtoie dorénavant  dans le palmarès Raf Van Hulle (victoires sur le ST13 et le ST18, 2ème sur le ST15), Bernard Cauquil (victoire sur le ST15) et Jean-Marc Dubouloz, le tenant du titre sur le ST21 qui ajoute donc une ligne à sa légende en prenant une superbe 2ème place sur ce Sun Trip 2024.

Sur la ligne d’arrivée à Chambéry on a compté un écart de 4 heures, mais durant toute la course la distance séparant les deux champions était plus faible: Jean-Marc a légèrement coupé l’effort lors des derniers kilomètres, une fois reçue l’annonce de l’arrivée de Jack . Sur le Sun Trip Europe 2021 l’écart final était de 3 heures seulement, après 12.000 km, mais les suiveurs s’accordent à dire qu’il y avait plus d’intensité sur cette course 2024, plus courte. 

La dizaine de chassés-croisés entre les deux leaders restera gravée dans les esprits, notamment entre le Sahara et la frontière française, où Jack et Jean-Marc n’ont quasiment jamais été sur la même ligne. “On a roulé en formant une danse géante de papillon” disait à l’arrivée le français ! Une danse qui semble avoir plu à nos suiveurs, les premiers sondages lancés sur Facebook et Whatsapp laissant apparaître cette course 2024 comme la plus excitante de l’histoire du Sun Trip, loin devant 2021 et 2018. 

Au lendemain de l’arrivée, le temps d’un déjeuner, nous avons pris le temps de revenir avec eux sur les temps forts de cette édition exceptionnelle. Voilà la synthèse de ces analyses à chaud, en commençant par un tableau factuel tiré de leur compte Strava. Merci à notre ami belge Claude Brouir pour ce beau travail !


Les données kilométriques / horaires

Ces chiffres sont intéressants et appellent quelques remarques simples. Il est précisé que nous aurons des chiffres sur consommation/production un peu plus tard, pour Jean-Marc surtout. 

Jack a roulé 500 km de moins que Jean-Marc, en coupant toujours au plus court. 

Jack a roulé 18 heures de plus que Jean-Marc, avec une moyenne kilométrique nettement plus basse . 

En somme, on peut dire qu’ils ont joué au jeu du “lièvre et de la tortue” ! Et dans le contexte, inédit, d’un Sun Trip printanier, la légèreté du vélo semble avoir été un avantage.  

On pourrait se demander ce qu’il serait advenu si Jean-Marc avait roulé sur une ligne un peu plus directe, un peu plus doucement et un peu plus longtemps ?


Les favoris au départ

Retour à la case départ, pour savoir qui nos champions avaient dans le coin de l’œil avant de partir.  Pour Jack les choses étaient très claires “Je voulais battre Raf !, mais il a tout de même analysé le moindre mouvement de Jean-Marc sur Strava depuis des mois… Il est tout aussi clair que l’absence sur la ligne de départ de Raf est un mystère pour les deux champions 2024. Jack comme Jean-Marc auraient souhaité la présence du belge et ne comprennent pas qu’il n’ait pas pu régler ses problèmes techniques à temps. Les deux se demandent aussi si Raf aurait pu tenir un rythme supérieur à 300 km de moyenne par jour…Réponse au prochain épisode ? 

Les deux hommes s’accordent par ailleurs sur le fait qu’ils étaient chacun leur plus grand adversaire au départ, mais aussi sur l’idée que “sur le papier, les allemands Kilian & Jonas étaient des concurrents sérieux”. “Je pensais qu’ils pouvaient aller plus vite, ils avaient 2 fois plus de solaire que moi, que deux roues pour quatre jambes” commentait Jack.


Les Pyrénées françaises : un tournant décisif dès le 2ème jour !

Nous sommes le 13 avril à 14h54, les premiers aperçoivent déjà au loin les montagnes des Pyrénées. Au lendemain du départ Jean-Marc mène le train, comme prévu. Mais son point s’arrête subitement à Pech-Luna. Sur le moment Jean-Marc annonce un pépin technique avec un redémarrage prévu le lendemain. A l’arrivée, Jean-Marc dira qu’il s’agissait d’un problème de capteur de pédalage. Entre-temps dans les suiveurs une rumeur d’arrêt prévu chez un ami circule. Jean-Marc a-t-il laissé filer 5h30 de roulage par plaisir et excès de confiance ? Le mystère demeure et c’est bien ainsi, le Sun Trip étant avant tout un jeu. 

En attendant, que cette pause soit le résultat d’une erreur dans la préparation du vélo ou d’une simple volonté de prendre du bon temps, Jack Butler a sauté sur l’occasion. Il a pris la tête, tout étonné, avant de lâcher les chevaux dans le col de la Pierre-Saint-Martin. A l’arrivée il nous fait cette confidence “avant de partir j’avais décidé que si je passais en tête dans les Pyrénées je jouerai à fond la course, et sinon je levais le pied pour faire plus de communication, comme en 2018”


Le beau temps jusqu’à Séville

Après ce premier coup de théâtre, le scénario  revient ensuite dans l’ordre des choses imaginé par beaucoup au départ : Jean-Marc profite du soleil et des plateaux espagnols pour reprendre la tête. Le français portera même, avec un panache à couper le souffle, le record de distance à 475 km sur la journée du 16 avril ! “Journée mémorable, plus de 13h30 de route et une moyenne de 35km/h. Il n’y a que sur la descente de la vallée du Rhône le premier jour, avec vent de dos, que j’ai été si rapide. Sur ce secteur en Espagne plusieurs autres participants feront leur record après moi, c’était vraiment une bonne occasion pour doubler Jack”, commente Jean-Marc. 

Avec le soleil parfait qu’on a eu jusqu’au sud de l’Espagne, je ne pouvais pas faire mieux, j’étais battu d’avance. J’ai certainement fait l’erreur de partir avec un panneau solaire un peu trop faible, mais j’avais prévu plus de mauvaises conditions météo sur ce Sun Trip de printemps !”, répond Jack, qui sur malchance perdait 30 km de plus sur Jean-Marc en ne pouvant pas embarquer sur le bac pris par le français après le checkpoint de Cabo de Espechel. 

Aussi en passant Séville, le 18 avril, l’écart entre les deux est remonté à presque 120 km, au bénéfice de Jean-Marc Dubouloz. Puis survient la chute.


La chute de Gibraltar : 2ème tournant

Nous sommes le 19 avril, l’organisation a alerté les participants d’un grand vent de côté qui arrive en goulot par le détroit de Gibraltar. Jean-Marc indique à l’organisation que ça sera difficile pour lui et un peu plus tard il informe de sa chute, intervenue à 11h24.

Cette chute c’est 100% ma faute, elle a été causée par une pièce mécanique servant à l’orientation des panneaux. J’ai fait le choix d’une pièce trop légère, elle a cédé avec le vent et mes panneaux se sont braqués, j’ai été projeté au sol”. Après un peu de bricolage et une sieste pour se remettre du choc, il repartira à 17h20. Il songe un temps à abandonner, mais finalement prend l’option courageuse de continuer, comme un champion. Dans cette histoire, il laisse filer 6 heures supplémentaires au bénéfice de son concurrent direct, qui reprend la tête. 


Le Maroc : avantage Jean-Marc, malgré l’incident de Taroudant et le ferry retour !

Avant le départ, on aurait pu imaginer que le vélomobile ne soit pas à la fête sur les routes d’aventures du Maroc, mais au final, globalement, c’est bien Jean-Marc qui a su se montrer le plus performant !  Sur les 3 premières journées il a recollé petit à petit, tout en prenant du temps pour réparer le vélo et en se jouant des premières pluies sur l’aventure.

Puis le 23 avril, coup de théâtre incroyable : Jean-Marc passe plus vite que Jack la montée du Tizi N’test. Au sommet, il revient à 1 minute et 55 secondes de l’anglais ! “A la base il n’était pas prévu que je passe par cette face du col et la route défoncée, mais j’étais en chasse et Jack y est allé, alors j’ai changé le plan, sans quoi il ajoutait 150 km à son avance !” Comme quoi il est toujours bon de s’écouter, Jean-Marc marquait là un grand coup psychologique. Au sommet du col, pour Jack, “la course était jouée. Je n’ai pas réussi à le distancer ici, sur la fin de parcours il aura l’avantage”.  

Les deux hommes décideront ensuite, eux mêmes, de neutraliser leur course et de repartir dans le même temps de Taroudant après le jour de repos. Coup de chance pour Jack, c’est dans ce temps de course neutralisé qu’il crèvera, avec Jean-Marc qui l’aide pour réparer ! La beauté du sport, puis le drame… Au redémarrage Jack percute involontairement Jean-Marc et endommage un de ses panneaux solaires. Le jury est sollicité et rend une décision qui se limite à laisser une option à Jean-Marc pour réparer sans perdre de temps, Jack étant immobilisé durant le temps de la réparation, mais sans donner une pénalité contre l’anglais. Décision à retrouver sur : thesuntrip.com/les-communiques-du-st24

Le coup est dur à accepter pour Jean-Marc, on le comprend bien, mais l’aventurier continue et la suite de son aventure au Maroc sera très bonne, mis à part une erreur d’itinéraire après Sidi Ifni qui rendait une heure de bonus à Jack. Son choix d’éviter les montagnes de l’Atlas sur le retour fut payant, malgré la neige rencontrée à 2000m d’altitude…

L’approche de Chefchaouen se fait avec moins de soleil et Jack reste dans le coup. Jean-Marc raconte : “J’arrive au ferry de Tanger sans billet, mais bien dans les temps pour le départ de 20h. Au guichet on m’informe d’un retard de près de deux heures. Peu après… je vois débarquer Jack ! A la dernière minute il embarque ! Sans ce coup de chance il aurait perdu 4 heures car le bateau du matin arrivait à Tarifa vers 10h…”. 

Avec le passage de l’Atlas à zéro degré, ce coup du ferry, c’est le moment le plus fou de l’aventure. Depuis Chefchaouen je savais qu’il me fallait rouler à 28 km/h de moyenne pour avoir une chance d’avoir le bateau de 20h… J’ai forcé comme jamais, j’ai traversé Tanger sans jamais descendre sous les 28 km/h, quitte à m’envoler sur certains ralentisseurs ! Je pense que je suis le SunTripper qui a le plus volé de toute l’histoire de l’aventure !”. Sur le bateau les deux hommes commencent par s’ignorer, puis s’endorment de fatigue ! “L’équipage nous a réveillés, il ne restait plus que nous dans le bateau…” raconte Jean-Marc.


Le moment clé : la remontée de l’Espagne 

Le 30 avril, les deux champions retrouvent les routes espagnoles. Jean-Marc fait un détour vers Séville et semble reprendre immédiatement une centaine de kilomètres d’avance ! “J’étais fatigué ce jour là, à cause des efforts de la veille, mais j’ai fait la journée en pensant à la suite” nous dit Jack. Et la suite, c’est une couverture nuageuse qui va progressivement s’installer dans le centre du pays, doublée d’un vent de côté et parfois de grosses pluies. A ce jeu là, le vélomobile de Jean-Marc décroche ! Le 1er mai Jack reprend la tête en arrivant à garder la ligne la plus directe. Il se fait rattraper mais arrive à rester à distance raisonnable quand, le 3 mai, les Pyrénées réapparaissent. “J’avais une heure d’avance sur Jack et j’ai pris l’option d’aller vers Barcelone. Je pensais que le passage par les montagnes était trop difficile, mais je me suis aperçu après coup que non ! Finalement, je me suis retrouvé dans le trafic de fin de journée dans la banlieue de Barcelone, un enfer. J’ai fait 400 km ce jour là mais Jack me reprend 60 km. Il a fait un coup de maître, c’est beau qu’il gagne sur un pari comme ça, bravo champion !” 

Ces 60 km Jack ne les perdra plus jamais, encore aidé sur la fin par une couverture nuageuse qui favorise le pédalage sur l’assistance moteur. Porté par un vent du Sud, l’anglais se payait même le luxe de garder ses batteries quasi pleines jusqu’au tout dernier moment, au cas où Jean-Marc revienne comme une fusée sur la fin. “C’est fou je crois qu’on a jamais eu de vent de face sur cette aventure. Pour moi c’était une chance car Jean-Marc aurait été beaucoup plus performant que moi avec du vent de face”, admet Jack. 

Il faut saluer le sans faute de Jack en termes d’itinéraire. Sa trace est d’une limpidité incroyable depuis le sud du Maroc, courbée comme celle d’un oiseau migrateur. “J’ai été toujours super concentré sur la carte, je n’ai tout simplement pas fait la moindre erreur, pas le moindre virage dans la mauvaise direction avant le dernier jour, où j’étais quand même bien fatigué”, précise Jack ! 

On a souvent loué le talent des membres de l’équipe de routage de Jean-Marc depuis 2021, mais il semble que cette fois ils soient tombés sur un os ! Jack a su déjouer leur plan et utiliser chacune des erreurs commises (et les aléas) pour gratter un peu de temps. Des petits gains qui additionnés donnent 4 heures d’avance à l’arrivée !


Souvenirs avec les autres participants 

En évoquant les autres participants avec les deux champions un nom revient spontanément: Michael Polak !  “Il est vraiment super Michael, j’étais content de le revoir au départ à Lyon, il est trop gentil, il m’a donné une boîte de pâté vegan pour m’aider” nous dit Jack avec un grand sourire. De son côté Jean-Marc garde un super souvenir de sa rencontre avec Michael puis Jiri sur le route retour en Espagne, “je ne savais pas du tout qu’on était sur la même route, puis on m’a dit dans l’oreillette qu’ils arrivaient en sens inverse ! C’était vraiment sympa de les saluer”. Il faut dire que les leaders n’auront vu personne d’autre sur l’ensemble du parcours !


L’après aventure 

Le 7 mai matin, surlendemain de leur arrivée, les deux champions reprenaient leur vélo. Jean-Marc se dirigeait vers Annemasse (Haute-Savoie) pour stocker le vélomobile avant d’imaginer reprendre le travail dès la semaine prochaine. “Sans Jack comme concurrent j’aurais pris un peu plus de temps pour profiter… du coup au moins je serai plus rapidement de retour aux affaires !”, rigolait le français. 

Pour l’anglais, direction Mâcon où il avait garé son van avant le départ. Puis il retrouvera sa douce à Cologne en Allemagne. Un peu de repos et dans une dizaine de jours Jack rejoindra la 3ème semaine de course du Tour d’Italie cycliste, où il roulera l’intégralité des étapes comme guide pour Grand Tours Project ! Au moins on est sûrs qu’il aura fait un bon travail d’endurance sur le Sun Trip 2024 !


Leurs visions pour le prochain grand Sun Trip

Globalement les deux ont beaucoup aimé ce parcours, mais les aventuriers le jugent un peu trop facile. Sur ce point, discutable par nature, l’organisation assume ce choix d’un parcours plutôt roulant au Maroc, pour une première fois il s’agissait de tâter le terrain, sans inclure d’emblée des passages de pistes en plein désert ! 

La route de la Chine ça reste le must, c’est plus la vraie aventure, mais ce parcours marocain est prometteur pour d’autres types de projet Sun Trip à l’avenir”, précise Jack. “Sinon pour l’Afrique à mon sens il faut oser aller jusqu’à Dakar au Sénégal, en passant par la Mauritanie, là on retrouverait des itinéraires totalement fous. Je connais ces routes, ça peut passer !”. Quoiqu’il en soit on peut déjà annoncer que Jack aura l’envie un jour de décrocher une nouvelle couronne ! 

De son côté, Jean-Marc ne semble à ce stade pas prêt à s’imaginer de retour dans un grand Sun Trip, mais il faut se rappeler que le champion avait déjà dit “plus jamais ça” au lendemain de sa victoire de 2021… Il se pourrait que le français veuille essayer d’ajouter une ligne à son palmarès… Suspense… 

Au moment de finir le déjeuner, en se laissant porter par l’imagination, les deux évoquent l’idée d’une édition “All-Star”, réservée aux participants ayant fait un top 5 sur les précédentes éditions, puis ils finissent sur un point d’accord : “il faut revenir pour battre Raf Van Hulle !” La suite au prochain épisode !

En attendant nous suivons maintenant de près la course au podium entre Kilian & Jonas et Géry & Baudouin, puis la remontada à la 5ème place pour Vivien Dettwiller. Ils auront été vaillants et performants ! 

Et derrière eux, nous aurons encore tant d’histoires à raconter, avec les baroudeurs du Sun Trip. Ils ont jusqu’au 11 juin pour être rentrés à Chambéry, avec l’objectif de profiter de chaque minute, loin de la pression du chronomètre ! 

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